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Quand elle est soumise à des épreuves, la nature n’a généralement d’autre choix que de s’adapter à la situation. C’est notamment le cas dans le Pacifique où les animaux et les plantes ont commencé à s’établir sur le plus grand vortex de déchets du monde. Des anémones, des hydroïdes et des amphipodes ont en effet commencé à coloniser cet énorme amas d’ordures.

Un phénomène soupçonné depuis longtemps, mais qui reste surprenant

Le vortex de déchets du Pacifique Nord est la plus grande des cinq zones d’accumulation de plastiques au large des océans du monde. Cet immense amas de déchets s’étend sur 1,6 million de kilomètres carrés, ce qui fait que cette île d’ordures fait environ trois fois la superficie de la France. Ce vortex se situe à mi-chemin entre Hawaï et la Californie et, selon les estimations des scientifiques, il cumule plus de 1,8 milliard de morceaux de plastiques qui pèsent en tout près de 80 000 tonnes. Notons que cet amas de déchets existe depuis les années 1970, et malgré les efforts déployés pour s’en débarrasser, il reste encore beaucoup de chemin à faire en ce sens.

L’une des plus grandes inquiétudes concernant le vortex de déchets du Pacifique Nord est notamment relative à son impact environnemental. Une récente étude réalisée par les chercheurs du Smithsonian Environmental Research Center a notamment montré que différentes espèces animales et végétales ont commencé à coloniser ce petit continent de déchets. D’après les résultats de l’étude publiée dans la revue Nature Communications, plus de 40 espèces de plantes et d’animaux côtiers se sont accrochées aux morceaux de plastiques pour vivre en haute mer. Parmi ces espèces, nous pouvons notamment citer des moules, des balanes, ainsi que des amphipodes semblables à des crevettes.

« Les problèmes de plastique vont au-delà de l’ingestion et de l’enchevêtrement. Cela crée des opportunités pour la biogéographie des espèces côtières de s’étendre considérablement au-delà de ce que nous pensions auparavant possible », a expliqué Linsey Haram, auteur principal de l’étude, dans un communiqué. Les chercheurs ont surnommé ces communautés de faunes et de flores des néopélagiques ; « neo » signifiant nouveau et « pélagique » signifiant océan ouvert. Les scientifiques soupçonnent cette migration des espèces côtières depuis 2011, après le tsunami qui a frappé les côtes japonaises. À l’époque, ils ont découvert que près de 300 espèces avaient traversé le Pacifique en radeau sur des débris.

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Un danger pour l’équilibre des écosystèmes

En collaboration avec l’Ocean Voyages Institute et l’université d’Hawaï à Manoa, les chercheurs ont rassemblé 103 tonnes de plastiques et autres débris du vortex et ont analysé divers échantillons. Au cours de leurs analyses, les chercheurs ont découvert la présence de nombreuses espèces côtières. Si leur présence a été confirmée, les chercheurs ignorent comment les colonies néopélagiques trouvent de la nourriture. Ils ne savent pas non plus à quel point les colonies sont répandues, ou si elles existent en dehors du vortex de déchets du Pacifique Nord, a rapporté Science Focus.

Les chercheurs sont cependant sûrs d’une chose : étant donné la tendance croissante en matière de production mondiale de déchets plastiques, il semble probable que ces colonies côtières continueront de croître. Et ce n’est pas une bonne chose. En effet, on ignore encore les impacts de la présence de ces espèces en haute mer, et il est possible que cela perturbe l’écosystème marin. « Les espèces côtières sont en concurrence directe avec ces espèces océaniques », a expliqué Haram. Ainsi, il pourrait y avoir des luttes pour les ressources, et l’une des plus grandes craintes des chercheurs est l’apparition d’espèces envahissantes.

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