Chargées de protéger le Royaume du même nom (actuel Bénin), les Amazones du Dahomey étaient réputées pour leurs incroyables aptitudes au combat, leur courage et leur loyauté sans faille. Elles s’illustrèrent notamment lors des guerres franco-dahoméennes.
Les origines des Amazones du Dahomey remontent au XVIIe siècle. Leurs premières membres, qui auraient notamment été issues du corps de chasseurs d’éléphants du royaume, avaient tant impressionné le roi qu’il en avait fait sa garde rapprochée. Lui étant farouchement dévouées, elles furent craintes durant plus de deux cent ans.
Formées très tôt au maniement des armes, elles suivaient également un entraînement rigoureux visant à développer leurs capacités physiques ainsi que leur seuil de tolérance à la douleur. Parcours d’obstacles, lutte et survie en milieu hostile représentaient le quotidien de ces femmes, pour qui la défaite n’était jamais une option.
Prêtes à se battre jusqu’à la mort, elles étaient, selon de nombreux témoignages, souvent les dernières debout sur le champ de bataille.

Ayant fait vœu de chasteté en rejoignant l’armée du Dahomey, les Amazones possédaient un statut presque sacré qui condamnait la plupart des hommes osant poser la main sur elles à une mort certaine.
Alors qu’il effectuait une mission pour le compte du gouvernement britannique en 1863, l’explorateur Richard Burton fut l’un des premiers européens à décrire les Amazones du Dahomey et les voyait comme le pendant féminin des redoutables guerriers spartiates.
Les femmes qui souhaitaient rejoindre la garde rapprochée du roi devaient également se montrer sans pitié. Au cours du processus de recrutement, elles auraient notamment été contraintes de pousser des prisonniers de guerre du haut d’une falaise afin de prouver leur détermination au souverain.
Au milieu des années 1880, une délégation française en visite au Dahomey assistait à l’entrainement d’une jeune amazone âgée d’environ 16 ans et le décrivait dans son rapport, sans doute exagéré : « Après avoir été blessée à trois reprises, elle trancha la tête du prisonnier qui lui faisait face et lécha le sang sur la lame de son épée. Ses homologues ne tardèrent pas à l’acclamer, et comme il était de coutume dans la région, elle sectionna également les organes génitaux du malheureux ».

En dépit de la rudesse de la vie de femme soldat, faire partie de la garde rapprochée du roi constituait pour beaucoup d’habitantes du Dahomey un moyen d’échapper à une existence vouée aux corvées domestiques. Servir au sein des Amazones offrait non seulement aux femmes l’indépendance et la possibilité d’occuper des postes importants au sein de l’armée mais également celle de siéger au Grand Conseil et d’influer sur la politique du royaume.
Ces guerrières d’élite vivaient une existence confortable dans l’enceinte du palais royal et possédaient également leurs propres esclaves. Comme le précise Stanley Alpern, auteur de l’ouvrage Les Amazones de la Sparte noire : « Lorsque les Amazones quittaient le palais, elles étaient toujours précédées de leurs esclaves portant une clochette. Ce son distinctif indiquait à tous les hommes se trouvant sur leur passage de s’écarter et de détourner le regard ».
La légende de ces combattantes hors-pairs, armées de mousquets et de machettes, continuait à s’écrire au cours de l’expansion coloniale, plus précisément dans les années 1890, au cours des deux guerres franco-dahoméennes.
Les Français finissaient par l’emporter en 1894 après avoir reçu le soutien des troupes de la Légion étrangère, armées de mitrailleuses. Dernières forces du roi à se rendre, les Amazones furent pour la plupart tuées au cours de la vingtaine de batailles de ces conflits.

Leur détermination sans failles allait toutefois marquer durablement les esprits, certains légionnaires soulignant dans leurs écrits « leur audace et leur courage incroyable », et également contribuer à faire évoluer l’image de la femme en Afrique. Nawi, la dernière des Amazones du Dahomey connue, mourut en 1979.
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