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Un larynx fossilisé d’ankylosaure suggère que certains dinosaures produisaient des sons plus variés qu’attendu

Un minuscule organe fossilisé bouscule l’image du dinosaure rugissant. Chez un ankylosaure vieux d’environ 80 millions d’années, un larynx exceptionnel suggère des sons plus complexes, peut-être plus proches des oiseaux que des monstres de cinéma.

Pinacosaurus cuirassé au bord d’une rivière dans un paysage crétacé, la bouche entrouverte comme s’il émettait un appel.
Un Pinacosaurus grangeri réaliste, représenté dans un décor inspiré du Crétacé, illustre l’hypothèse de sons plus subtils et modulés chez certains dinosaures – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un larynx fossilisé rare qui remet en question les rugissements de dinosaures

Pendant des décennies, Hollywood a donc prêté aux dinosaures une voix énorme. Grave, brutale, faite pour secouer les vitres et les nerfs. Pourtant, derrière ces rugissements spectaculaires, la science avance avec prudence. En effet, les organes de la voix sont souvent faits de cartilage. Or, cette matière disparaît presque toujours avant de devenir fossile.

C’est pourquoi la découverte liée à Pinacosaurus grangeri ressemble à un coup de théâtre. En réalité, cet ankylosaure cuirassé, herbivore et massif, vivait au Crétacé supérieur. Son territoire se trouvait alors dans l’actuelle Mongolie. Dans ses restes, exhumés en 2005, les chercheurs ont ainsi identifié le premier larynx fossilisé possible chez un dinosaure non avien.

L’étude, publiée dans Communications Biology par Junki Yoshida, Yoshitsugu Kobayashi et Mark A. Norell, reste toutefois prudente. Elle ne prétend pas rejouer une bande-son préhistorique. En revanche, elle ouvre une porte rare : celle d’un indice anatomique direct. Jusqu’ici, les paléontologues s’appuyaient surtout sur les oiseaux, les crocodiles et les reptiles modernes.

Un ankylosaure cuirassé capable de produire des sons puissants et porteurs

L’image est presque comique : un animal couvert de plaques osseuses, bâti comme un petit char d’assaut. Et pourtant, il pouvait peut-être produire autre chose qu’un grondement sourd. Car l’anatomie du fossile raconte une histoire plus subtile. Certaines parties du larynx paraissent proportionnellement grandes. Ainsi, elles pourraient indiquer une capacité à générer des sons puissants.

Ces sons n’étaient pas forcément des cris stridents ou des chants mélodieux. Il pouvait plutôt s’agir d’appels porteurs, utiles pour rester en contact. De plus, ils servaient peut-être à signaler un danger ou défendre un territoire. Dans un paysage crétacé ouvert, une voix lointaine pouvait donc devenir un véritable avantage social.

Des indices anatomiques qui rapprochent certains sons de ceux des oiseaux

La surprise vient surtout d’une autre partie du larynx. Il s’agit d’une paire d’éléments allongés, capable peut-être de rendre l’organe plus mobile. Chez les oiseaux modernes, la diversité sonore dépend surtout de la syrinx. Cependant, la souplesse des voies respiratoires compte aussi. Ici, Pinacosaurus semble donc offrir un compromis inattendu.

Les chercheurs ne disent pas que cet ankylosaure gazouillait comme une mésange. La paléontologue Victoria Arbour, du Royal BC Museum, appelle d’ailleurs à la prudence. Pourtant, une idée change déjà l’ambiance. Certains dinosaures ont peut-être modulé leurs sons avec plus de finesse. Dès lors, le Mésozoïque n’était pas forcément un simple monde de grondements.

Le détail le plus fascinant tient justement à cette nuance. Les dinosaures non aviens ne possédaient pas l’appareil vocal des oiseaux actuels. De même, leur larynx n’était pas organisé de la même manière. Pourtant, ce fossile montre que l’évolution des sons a pu explorer plusieurs chemins. Et cela, bien avant les chants complexes entendus aujourd’hui dans les arbres.

Ce fossile change notre façon d’imaginer la bande-son du Crétacé

Cette recherche a aussi un effet très concret. Elle rappelle, surtout, que le passé ne ressemble pas toujours à l’image donnée par les écrans. Par exemple, les hadrosaures à crête, comme Parasaurolophus, auraient produit des sons graves grâce à leurs cavités crâniennes. Avec Pinacosaurus, une autre piste s’ajoute donc : la voix par le larynx.

Les prochaines découvertes pourraient alors transformer ce puzzle sonore. Un autre larynx fossilisé changerait déjà beaucoup de choses. Une trachée mieux conservée aiderait aussi. De même, des comparaisons plus fines avec les crocodiliens et les oiseaux affineront peut-être le portrait. Pour l’instant, impossible de savoir si l’ankylosaure claquait, roucoulait ou soufflait. Mais, peu à peu, son silence fossilisé devient un peu moins muet.

La prochaine fois qu’un dinosaure apparaîtra au cinéma, le vrai frisson ne viendra peut-être pas d’un rugissement impossible. Il viendra plutôt d’un doute délicieux. Quelque part au Crétacé, un animal blindé lançait peut-être un appel étrange dans l’air chaud. Puis, peut-être, un son modulé, presque familier. Un son que personne n’a entendu depuis 80 millions d’années.

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