Coupe du Monde : ce jour où l’Allemagne nazie a forcé des Autrichiens à jouer dans son équipe

Coupe du Monde : ce jour où l’Allemagne nazie a forcé des Autrichiens à jouer dans son équipe

Après avoir envahi et annexé l’Autriche trois mois avant le début de la Coupe du Monde de Football 1938, l’Allemagne nazie enrôle de force cinq joueurs autrichiens dans son équipe, espérant ainsi remporter le précieux trophée et laver l’affront des JO d’été de Berlin 1936… en vain.

UN FIASCO RETENTISSANT

En 1936, Hitler comptait sur les Jeux Olympiques de Berlin pour démontrer la puissance du régime nazi et la supériorité physique de la race aryenne. Malheureusement pour lui, ceux-ci se sont révélés être un véritable fiasco pour l’Allemagne, l’athlète noir américain Jesse Owens remportant cette année-là quatre médailles d’or.

À l’occasion du premier tour de la Coupe du Monde de Football 1938, c’est une équipe allemande fortement remaniée qui pénètre sur la pelouse du Parc des Princes pour affronter la Suisse. Cinq de ses joueurs sont en effet d’anciens membre de la « Wunderteam », l’équipe nationale autrichienne qui a battu l’Allemagne à de nombreuses reprises durant les années 1930.

Depuis l’avènement du IIIe Reich en 1933, l’équipe de football allemande effectue le salut nazi avant chaque match

Lors de la précédente édition de la compétition, s’étant déroulée en Italie quatre ans plus tôt, l’Autriche avait atteint les demi-finales avant de se faire sortir par le pays hôte (1-0), futur vainqueur de la compétition, dans un match entaché de nombreuses erreurs d’arbitrage en faveur des italiens.

Après que l’Autriche a été envahie et annexée par l’armée allemande, son équipe nationale de football a été dissoute et les joueurs juifs qui la composaient expulsés du pays. L’Allemagne en a évidemment profité pour récupérer ses meilleurs éléments et les enrôler de force dans son équipe.

Matthias Sinclar, le joueur autrichien qui a refusé de jouer sous les couleurs allemandes

Si Matthias Sindelar, l’attaquant vedette de l’équipe d’Autriche alors âgé de 35 ans, a refusé de rejoindre l’équipe allemande, prétextant qu’il était trop vieux, ses cinq camarades n’ont semble-t-il pas eu le choix et ont été contraints de revêtir la tunique allemande, frappée d’une croix gammée.

Le jeudi 9 juin 1938, l’Allemagne affronte la Suisse pour la seconde fois en l’espace d’une semaine. Comme leur première confrontation s’est soldée par un match nul (1-1), les deux équipes participent à un second match afin de déterminer laquelle d’entre elles se qualifiera pour le second tour de la compétition.

William Hahnemann, jeune attaquant autrichien de l’équipe allemande, ne tarde pas à trouver le chemin des filets après 8 minutes de jeu. Lorsque la Suisse marque un but contre son camp à la 22e minute, l’affaire semble alors être pliée, mais un étonnant retournement de situation en seconde période va voir la Suisse marquer quatre buts d’affilée et finalement s’imposer sur le score de 4 buts à 2.

L’ALLEMAGNE QUITTE PITEUSEMENT LA COMPÉTITION APRÈS AVOIR ÉTÉ ÉLIMINÉE PAR LA SUISSE DÈS LE PREMIER TOUR

L’entraîneur allemand Sepp Herberger, qui a officiellement rejoint le Parti Nazi en 1933, est furieux et attribue ce fiasco retentissant à l’attitude peu concernée des joueurs autrichiens. C’est en effet la première fois que l’Allemagne sort aussi prématurément de la Coupe du Monde depuis la création de la compétition en 1930.

Pour autant, est-il aujourd’hui possible d’affirmer que les joueurs autrichiens ont volontairement perdu le match ? Selon l’historien Stanislao Pugliese : « Il n’y aucun moyen de le savoir, mais il est évident qu’ils ne se sont pas donnés à 100% ce jour-là ».

Pugliese estime que l’Allemagne et l’Italie désiraient plus que tout remporter la Coupe du Monde 1938, afin de démontrer la puissance de leurs régimes totalitaires. Quatre ans après que l’Italie a organisé et remporté l’édition de 1934 (dont les arbitres avaient été achetés ou intimidés par le gouvernement italien comme l’ont plus tard révélé de nombreuses enquêtes), Benito Mussolini espérait remporter un second trophée, et ce fut effectivement le cas.

REMPORTER LA COMPÉTITION ÉTAIT UN MOYEN POUR L’ALLEMAGNE NAZIE ET L’ITALIE FASCISTE DE DÉMONTRER LA PUISSANCE DE LEURS RÉGIMES

Toutefois, Pugliese estime que cette année-là, l’équipe italienne était assez forte pour remporter la compétition sans que le régime de Mussolini n’ait recours à l’intimidation et aux pots de vin pour influencer l’issue des matchs auxquels elle participait.

Comme le précise l’historien : « Ces régimes totalitaires voyaient les compétitions sportives comme des guerres qu’il fallait à tout prix remporter, tout devait être sous l’égide du gouvernement, y compris le sport ».

Lors de la finale de la Coupe du Monde de Football 1938 jouée à Colombes, l’Italie s’impose face à la Hongrie (4-2)

En ce qui concerne Sindelar, la star autrichienne qui avait refusé de rejoindre l’équipe allemande, il a été retrouvé mort en janvier 1939 dans son appartement viennois à la suite d’une intoxication au monoxyde de carbone. Si certains documentaires ont évoqué la piste d’un assassinat orchestré par la police secrète allemande, il semble qu’il s’agissait en réalité d’un banal accident domestique.

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