Un avion de transport tire désormais ses propres chasseurs miniatures. Le 23 avril, le pilote ukrainien Tymur Fatkullin a publié une vidéo montrant un Antonov An-28 lançant des drones intercepteurs. Le but est simple : atteindre les Shahed russes avant les villes.

Pourquoi ce petit avion ukrainien devient une rampe volante contre les drones Shahed russes
Le pilote et volontaire ukrainien Tymur Fatkullin publie la vidéo qui révèle le dispositif. Sous les ailes, des points d’emport reçoivent des P1-Sun et des AS-3 Surveyor. Cette fixation, comparable à un porte-vélos sous une voiture, donne au drone un départ déjà lancé.
L’An-28 n’est pas un chasseur, mais sa vitesse de croisière annoncée à 352 km/h par Antonov change le calcul. Un intercepteur parti du sol doit grimper et accélérer. Lancé en vol, il arrive plus près de la trajectoire ennemie, donc l’équipage gagne des minutes.
Ce que changent le P1-Sun et le Surveyor dans la chasse aux drones russes
Le P1-Sun de SkyFall utilise une cellule modulaire imprimée en 3D. Avec 5 000 mètres de plafond et jusqu’à 450 km/h, ce petit engin vise les drones d’attaque unidirectionnels, autrement dit des munitions qui volent vers une cible et ne reviennent pas.
Le Merops AS-3 Surveyor appartient à une logique plus automatisée. Ses capteurs embarqués suivent la cible, puis l’intercepteur frappe par collision ou par détonation proche. Cette autonomie, proche d’un chien de berger guidant un troupeau, aide les équipages quand la visibilité se dégrade.
Cette évolution corrige aussi une erreur du récit initial : le Cash n’est pas seulement un avion civil improvisé. Antonov décrit l’AN-28 comme un appareil polyvalent, conçu pour passagers, fret, patrouille et évacuations. Cette polyvalence rend la modification moins hasardeuse qu’elle n’en a l’air.
La bataille des coûts devient aussi importante que la vitesse dans les nuits ukrainiennes
Le secrétaire de l’Armée de terre des États-Unis, Dan Driscoll, confirme qu’un Surveyor coûte environ 15 000 dollars aujourd’hui. La production de masse doit le rapprocher de 10 000 dollars. Face à des Shahed estimés entre 30 000 et 50 000 dollars, l’échange devient soutenable.
Reuters rapporte que la défense ukrainienne neutralise désormais autour de 90 % des drones longue portée russes, après un niveau d’environ 85 % en février. Les engins qui passent encore restent nombreux. Près de 1 000 sur 6 500 ont touché ou menacé des objectifs le mois dernier.
Les limites du pari aérien ukrainien restent visibles face aux Shahed plus rapides
La tactique ne règle pas toute la guerre des drones. Les Shahed à hélice approchent souvent 200 km/h, tandis que certains modèles à réaction atteignent 400 km/h. Le P1-Sun peut rattraper une partie de ces menaces, mais pas transformer chaque patrouille en bouclier fermé.
Le brouillage électronique, c’est-à-dire la perturbation des signaux de navigation, ajoute une autre couche. Des réseaux maillés, où plusieurs drones se relaient comme des téléphones partageant le réseau, compliquent la poursuite. Les intercepteurs lancés depuis un avion réduisent seulement la distance à combler.
Pour Kiev, l’intérêt tient donc à la combinaison, pas à l’avion seul. Un An-28 qui patrouille, un opérateur qui voit la cible et un drone qui part déjà en altitude forment une chaîne courte. À 5 000 mètres, chaque minute économisée compte.