Le télescope européen Euclid vient de photographier des millions de galaxies, et certaines cachent un phénomène rarissime : des mirages cosmiques capables de révéler la matière noire. Les algorithmes peinent encore à les reconnaître, alors les scientifiques font désormais appel au grand public.

Les lentilles gravitationnelles transforment certaines galaxies en miroirs cosmiques
En 1915, Albert Einstein imaginait qu’une masse gigantesque pouvait courber l’espace-temps autour d’elle. À l’époque, cette idée semblait presque irréelle. Pourtant, plus d’un siècle plus tard, les images d’Euclid révèlent enfin ces déformations sous forme de curieux arcs lumineux suspendus dans l’obscurité cosmique.
Quand une galaxie très massive s’aligne avec une autre située bien plus loin, la lumière change de trajectoire. Elle se déforme, se duplique parfois et forme des anneaux presque parfaits. Ainsi, ces phénomènes portent le nom de lentilles gravitationnelles, et ils restent parmi les spectacles les plus rares observés dans l’Univers.
Le télescope Euclid produit un flot d’images que les algorithmes peinent encore à trier
Lancé par l’Agence spatiale européenne en juillet 2023, Euclid observe l’espace depuis le point de Lagrange L2, situé à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre. Cette position stable lui permet notamment de scruter des régions immenses du cosmos sans être perturbé par notre planète.
Depuis le début de sa mission scientifique, le télescope a déjà enregistré près de 72 millions de galaxies. Chaque jour, il transmet environ 100 gigaoctets d’images d’une précision impressionnante. Ainsi, cette accumulation de données représente l’un des relevés visuels les plus ambitieux jamais réalisés pour étudier l’évolution de l’Univers à grande échelle.
Cependant, cette quantité de données dépasse largement ce que les chercheurs peuvent analyser seuls. Les intelligences artificielles effectuent bien un premier tri, mais certaines galaxies trompent encore les algorithmes. En effet, un simple reflet lumineux ou une forme inhabituelle suffit parfois à créer une confusion.
Le projet Space Warps transforme les internautes en chasseurs de mirages spatiaux
Depuis avril 2026, le projet participatif Space Warps invite les internautes à examiner les images prises par Euclid. Hébergée sur la plateforme participative Zooniverse, cette initiative permet à chacun de signaler des arcs lumineux ou des anneaux suspects dans les images du télescope. Pourtant, derrière cette interface simple se cache une véritable mission scientifique.
Chaque image est analysée par plusieurs volontaires avant d’être vérifiée par les équipes de recherche. Grâce à cette méthode collective, la fiabilité des résultats progresse nettement. De plus, les scientifiques entraînent des systèmes d’intelligence artificielle plus performants. De plus, les erreurs diminuent progressivement, surtout face aux formes les plus ambiguës repérées dans les profondeurs du ciel.
Lors d’un premier test réalisé sur une infime portion des données, près de 500 nouvelles lentilles gravitationnelles ont déjà été découvertes. Les chercheurs de l’université d’Oxford espèrent désormais confirmer environ 10 000 systèmes similaires dans ce premier catalogue astronomique.
Ces déformations lumineuses pourraient révéler la structure invisible de l’Univers
Ces lentilles gravitationnelles ne servent pas uniquement à produire des images spectaculaires. Elles permettent aussi de mesurer la masse réelle des galaxies responsables de ces déformations lumineuses. Or, cette masse cache quelque chose d’invisible aux télescopes classiques.
Les astronomes pensent qu’il s’agit de la matière noire, une substance mystérieuse qui n’émet aucune lumière mais exerce une influence gravitationnelle immense. Selon les estimations actuelles, elle représenterait plus de 80 % de toute la matière présente dans l’Univers.
Euclid doit poursuivre ses observations pendant encore plusieurs années. D’ailleurs, la prochaine publication de données, attendue fin 2026, pourrait ajouter des centaines de millions de galaxies supplémentaires. Ainsi, quelque part derrière un écran ordinaire, un internaute pourrait repérer un détail minuscule capable d’éclairer l’un des plus grands mystères scientifiques actuels.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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