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Une étude montre comment l’empreinte humaine sur le climat peut rester masquée pendant plusieurs décennies

Comment une région peut-elle se refroidir alors que la planète se réchauffe ? Une nouvelle étude révèle que l’empreinte humaine sur le climat peut rester invisible durant des décennies, brouillée par les fluctuations naturelles, avant de réapparaître de façon spectaculaire dans les observations.

Scientifiques à bord d’un navire de recherche observant une mer couverte de glace dans une région polaire.
Une région peut se refroidir temporairement malgré la progression du réchauffement climatique. La variabilité naturelle peut alors masquer le signal humain – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Dans 170 ans de températures, les chercheurs ont traqué une signature presque invisible

Imaginez une immense carte météorologique couvrant la planète depuis 1850. Certaines zones rougissent rapidement, d’autres beaucoup moins, quelques-unes deviennent même temporairement bleues. Pourtant, derrière ce désordre apparent se cache une signature humaine persistante. Des chercheurs du Max-Planck-Institut für Meteorologie viennent de la rechercher directement dans plus de 170 ans d’observations.

Leur méthode change subtilement la perspective. Plutôt que de demander uniquement aux modèles climatiques à quoi devrait ressembler le réchauffement régional, l’équipe relie les températures observées localement à l’augmentation moyenne mondiale. Cette « empreinte observée » permet ainsi de séparer plus finement ce qui relève du réchauffement imposé de ce qui appartient au chaos naturel du climat.

Un océan peut se refroidir pendant que l’influence humaine continue de s’intensifier

C’est ici que l’histoire devient contre-intuitive. Dans le Pacifique sud-est, certaines parties de l’océan Austral ou l’Atlantique Nord subpolaire, les températures n’ont pas suivi exactement la trajectoire attendue. Des zones ont même connu un refroidissement temporaire. Cela ne signifie pourtant pas que l’effet des gaz à effet de serre y aurait mystérieusement disparu.

Le climat possède ses propres oscillations, alimentées notamment par les échanges entre océans et atmosphère. Ces fluctuations peuvent renforcer ou masquer une tendance pendant plusieurs années, parfois plusieurs décennies. Autrement dit, observer une région qui chauffe peu constitue une photographie locale, pas nécessairement le film complet du changement climatique.

L’Arctique fournit un exemple saisissant. Son réchauffement s’est fortement accéléré au XXe siècle avant de connaître un ralentissement entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Selon l’étude, cette pause relative porte fortement la marque de la variabilité interne, tandis que le signal anthropique continuait d’agir en arrière-plan.

Le « bruit » naturel du climat peut cacher le signal humain bien plus longtemps que prévu

Les climatologues parlent d’un rapport entre signal et bruit. Le signal correspond ici à l’influence extérieure durable, notamment celle des activités humaines. Le bruit rassemble les fluctuations naturelles susceptibles de faire monter ou descendre momentanément les températures. Le problème est que, dans certaines régions, ce bruit peut être suffisamment puissant pour dissimuler la tendance profonde.

La découverte met en lumière une faiblesse des simulations. Les modèles peuvent surestimer le temps nécessaire pour détecter l’influence humaine dans certaines régions, mais le sous-estimer ailleurs, là où la variabilité naturelle domine. Dans plusieurs zones océaniques, le signal forcé reste difficile à distinguer dans les observations.

Publiée dans Science Advances, l’étude rappelle que l’attribution régionale exige des données longues et de la prudence.Cette nuance ne remet pas en cause l’origine humaine du réchauffement global. Le GIEC considère comme sans équivoque l’influence humaine sur le réchauffement de l’atmosphère, des océans et des terres. Entre 2011 et 2020, la température mondiale de surface atteignait environ 1,1 °C au-dessus de 1850-1900.

Pourquoi cette empreinte cachée pourrait changer notre manière de lire les prochains records

En revanche, comprendre l’écart entre tendance mondiale et évolution régionale devient crucial pour prévoir des conséquences très concrètes. Agriculture, ressources en eau, infrastructures côtières ou politiques d’adaptation dépendent d’un climat vécu localement. Une région apparemment stable aujourd’hui peut cacher un réchauffement sous-jacent momentanément compensé par des mécanismes naturels.

Cette lecture pourrait également peser dans les débats sur l’attribution des dommages climatiques. Les chercheurs soulignent d’ailleurs des implications possibles pour la planification de l’adaptation et certains enjeux juridiques. Plus les scientifiques savent isoler l’empreinte humaine région par région, plus il devient difficile de confondre une pause provisoire avec une absence de changement.

Les satellites n’observent directement certaines variables climatiques que depuis environ quatre à cinq décennies, une durée considérable à l’échelle humaine mais parfois courte pour le climat. Et si certains des signaux que la science cherche aujourd’hui étaient simplement encore enfouis dans le bruit, attendant quelques années supplémentaires pour devenir impossibles à ignorer ?

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