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Sous la forêt, un réseau de champignons permet aux arbres d’échanger carbone, eau et nutriments

À quelques centimètres sous nos chaussures, racines et champignons tissent des connexions capables de déplacer carbone et nutriments entre plantes. Ce mystérieux « Wood Wide Web » fascine les biologistes depuis des décennies. Mais que transporte-t-il vraiment, et jusqu’où les arbres peuvent-ils en profiter ?

Racines d’arbres reliées par un réseau de filaments mycorhiziens sous le sol d’une forêt.
Sous la surface de la forêt, les racines des arbres côtoient de fins filaments fongiques qui peuvent former des réseaux mycorhiziens communs entre plusieurs plantes – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Bien avant les arbres modernes, les plantes avaient déjà passé un pacte avec les champignons

L’histoire commence bien avant la première forêt. Il y a environ 450 millions d’années, les ancêtres des plantes terrestres entretenaient déjà des relations étroites avec des champignons. Des travaux publiés dans Science suggèrent même que cette alliance ancestrale a pu faciliter la conquête des continents par les végétaux.

Le marché est étonnamment efficace. Les champignons déploient dans le sol de minuscules filaments, appelés hyphes, qui explorent un volume inaccessible aux seules racines. Ils récupèrent notamment des éléments minéraux. En retour, la plante leur fournit du carbone issu de la photosynthèse, transformant la mycorhize en véritable association d’intérêts.

Et c’est là que l’histoire devient plus étrange. Un même champignon peut coloniser les racines de plusieurs végétaux, créant ce que les chercheurs appellent un réseau mycorhizien commun. Plusieurs plantes se retrouvent alors reliées physiquement sous terre, parfois sans qu’aucun indice ne soit visible à la surface.

En 1997, une expérience canadienne révèle que du carbone passe réellement d’un arbre à l’autre

Dans une forêt canadienne, Suzanne Simard et ses collègues ont voulu suivre l’invisible. Leur expérience, publiée dans Nature en 1997, utilisait des isotopes du carbone comme des traceurs. L’équipe étudiait des bouleaux à papier et des Douglas reliés par des champignons ectomycorhiziens. Le résultat allait populariser une idée fascinante.

Du carbone assimilé par un arbre a bien été retrouvé chez son voisin, avec des transferts dont l’importance variait notamment selon les conditions lumineuses. Autrement dit, des ressources carbonées peuvent circuler entre plantes. Le sol forestier cessait soudain d’apparaître comme une simple réserve de terre et devenait un espace d’échanges biologiques remarquablement actif.

Des plantes attaquées peuvent transmettre sous terre un étonnant signal d’alerte

Les nutriments ne sont pas les seuls candidats au voyage. En 2013, une expérience publiée dans Ecology Letters a connecté des plants de fève grâce à des réseaux mycéliens. Lorsque des pucerons attaquaient certaines plantes, leurs voisines reliées au réseau modifiaient à leur tour leurs composés volatils de défense.

Le phénomène ressemble à un système d’alerte souterrain, mais avec une précision essentielle : cette expérience concernait des fèves et des pucerons, pas une forêt entière dialoguant consciemment. Les mécanismes exacts restent étudiés. Entre signal chimique, réaction du champignon et réponse végétale, le réseau possède encore de nombreuses zones d’ombre.

Le séduisant « Internet des arbres » cache une réalité bien plus subtile que la métaphore

L’expression « Wood Wide Web » est irrésistible. Elle suggère des arbres échangeant ressources et avertissements comme des ordinateurs connectés. Pourtant, les scientifiques appellent aujourd’hui à davantage de prudence. Une analyse publiée en 2023 estime que certaines affirmations populaires sur ces réseaux dépassent ce que les expériences forestières démontrent réellement.

Le cas des fameux « arbres mères » est particulièrement débattu. L’idée selon laquelle de vieux arbres redistribueraient volontairement leurs ressources, voire favoriseraient leurs descendants, reste beaucoup moins solidement démontrée que ne le laisse penser sa popularité. Des chercheurs soulignent aussi qu’un transfert de carbone observé ne signifie pas automatiquement qu’un arbre « nourrit » activement un autre.

Cela ne rend pas le monde souterrain moins fascinant, bien au contraire. Les champignons participent réellement aux cycles du carbone et des nutriments, relient des racines et influencent le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Mais sous chaque promenade en forêt se cache peut-être quelque chose de plus intéressant qu’un Internet végétal : un réseau biologique dont les règles restent encore largement à découvrir.

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