Un bloc de grès brisé en deux vient peut-être de résoudre une énigme vieille de 3000 ans. Des archéologues égyptiens ont mis au jour, près du canal de Suez, une inscription qui relie enfin un site fouillé depuis 1887 à la cité disparue de Mesn.

Un linteau gravé au nom de Ramsès II relie enfin ce site égyptien fouillé depuis 1887 à la cité oubliée de Mesn
Sur le site de Tell Abu Saifi, près d’Al-Qantara Est dans le gouvernorat d’Ismaïlia, une mission du Conseil suprême des Antiquités a mis au jour un bloc de grès monumental. Il était brisé en deux morceaux. Cette pièce pourrait enfin trancher un débat archéologique vieux de près de 140 ans.
Le linteau porte les cartouches du pharaon Ramsès II. Ce souverain de la XIXᵉ dynastie régna au XIIIᵉ siècle avant notre ère. Une inscription commémore la restauration d’une statue consacrée à Horus, seigneur de la ville de Mesn, un dieu que des textes vieux de plus de 3000 ans mentionnent déjà.
Dès 1887, des archéologues avaient repéré dans ce secteur des blocs gravés au nom de cette divinité tutélaire. Ils pensaient alors que ces blocs venaient d’ailleurs et avaient simplement été déplacés. Ce nouveau linteau, découvert en place, change la donne : il renforce l’hypothèse que Tell Abu Saifi corresponde bien à Mesn, sans la confirmer totalement.
Une muraille de briques crues, longtemps prise pour un temple, protégeait en réalité tout un sanctuaire égyptien
Les fouilles récentes ont permis de réinterpréter l’organisation du complexe fortifié. La vaste structure en briques crues qui entoure le secteur n’était pas le temple lui-même. Elle formait une muraille défensive qui protégeait la zone sacrée et administrative.
Le cœur religieux du site était desservi par deux voies en pierre superposées. La plus ancienne remonte à l’époque ptolémaïque. Une seconde route, plus étroite, a ensuite été construite par-dessus à l’époque romaine.
Au nord du complexe s’alignaient des magasins de stockage. Le secteur sud regroupait plutôt des salles de service, liées à la vie quotidienne du sanctuaire. Cette répartition dessine l’organisation d’une petite cité religieuse et administrative à part entière.
Des statues de scribe militaire et de faucons sacrés exhumées parmi les vestiges du sanctuaire
La mission a également exhumé un fragment de statue en schiste de la XXVIᵉ dynastie. Elle représente un scribe militaire tenant un naos brisé. Un buste royal en basalte et une statue acéphale de la Basse Époque complètent cette collection.
Les archéologues ont aussi mis au jour plusieurs fragments de sculptures de faucons sacrés, taillés dans le basalte, le calcaire et le jaspe. Ces objets confirment le rôle religieux et militaire que tenait le site le long du Chemin d’Horus.
Comment le sanctuaire a fini transformé en carrière puis en garnison militaire romaine
Aux époques tardive et romaine, le cœur du sanctuaire a connu un démantèlement progressif. Les bâtisseurs ont réutilisé ses pierres comme carrière de calcaire. Deux grands fours circulaires, destinés à produire de la chaux, ont même pris place directement sur l’ancien sanctuaire le plus sacré.
Le site est ensuite devenu une garnison militaire romaine, connue sous le nom de Silla ou Sila. Cette nouvelle fonction a prolongé, sous une autre forme, le rôle stratégique que la zone occupait déjà pour protéger les frontières orientales de l’Égypte.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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