Échoué au bord de la mer Caspienne, le MD-160 incarnait la puissance militaire de l’URSS. Conçu pour frôler les vagues à toute vitesse, cet engin gigantesque subit désormais les éléments sur le sable du Daghestan, faute du parc promis par les autorités.

Une arme redoutable de la Guerre froide conçue pour voler au ras des vagues de la Caspienne
Fabriqué à l’usine Krasnoïe Sormovo sur les bords de la Volga, cet ekranoplane de classe Lun rejoint la flotte militaire en 1987. Long de 73 mètres, le MD-160 pouvait filer à 500 km/h en rasant la surface des vagues.
Cet appareil hybride transportait six tubes de lancement destinés au missile antinavire P-270 Moskit. Son objectif tactique visait à cibler un groupe de porte-avions sans être détecté par les radars, grâce à son altitude de vol extrêmement basse.
Cependant, l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990 arrête net le programme. Le second exemplaire est abandonné, tandis que le premier est remisé sur la base navale de Kaspiysk, où la rouille l’attaque durant trois décennies.
Un transfert chaotique vers le futur parc d’exposition qui a endommagé la structure
Le 31 juillet 2020, les autorités entament un trajet de 14 heures pour tracter l’appareil vers Derbent. Ce mouvement devait installer le géant de 380 tonnes au cœur du Patriot Park, un futur musée à ciel ouvert.
L’opération tourne au désastre lorsque l’engin s’échoue dans la zone de ressac. Sa coque prend l’eau durant de longs mois avant son tirage sur le rivage fin décembre 2021, causant des dégâts sur le fuselage et la voilure.
Une attraction touristique de première importance née à la place du musée d’État
Le musée d’État prévu n’est jamais sorti de terre, laissant l’épave posée sans barrière ni protection sur la côte. Malgré cette négligence administrative, le site se transforme rapidement en un décor très prisé sur Instagram.
La fermeture des frontières nationales durant la pandémie de Covid pousse de nombreux voyageurs russes vers le Daghestan. Beaucoup d’entre eux parviennent alors à grimper clandestinement dans le poste de pilotage pour immortaliser leur visite.
L’accès à la zone s’effectue sans aucune billetterie ni surveillance particulière. Selon les annuaires spécialisés, il suffit généralement de louer un taxi depuis Derbent pour venir contempler librement ce vestige métallique totalement livré au vent salin.
De nouvelles promesses de restauration lancées pour sauver le dernier monstre marin
Des annonces diffusées en décembre 2024 ont évoqué le lancement de travaux de rénovation. Les interventions sur la structure externe et interne ont débuté dès l’automne 2025 pour faire du navire volant une pièce d’exposition officielle.
En attendant la concrétisation effective de ce projet, ce témoin de la Guerre froide continue de recevoir quotidiennement des visiteurs curieux. Aucune échéance officielle n’indique pour le moment la mise en place d’un abri protecteur durable.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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