
Si vous ouvrez Google Earth et entrez les coordonnées suivantes (12.3708, 23.3223), vous observerez une structure géologique à la forme étonnamment familière, lentement façonnée par les éléments.
Les « lèvres enclavées »
Situées dans l’ouest du Soudan (Nord-est de l’Afrique), ces « lèvres enclavées » mesurent un peu moins d’un kilomètre de long pour environ 350 mètres de large. Lorsque vous zoomez, vous constatez qu’il s’agit en fait d’une colline rocheuse fendue d’une fine crête centrale.
À l’échelle de milliers d’années, les vents et les précipitations ont sculpté ce relief, lui donnant sa forme ovale caractéristique. La limite de ces deux lèvres pulpeuses serait un possible dyke, ou intrusion verticale de magma ancienne. Un peu à la manière du dentifrice d’un tube presque vide que l’on presserait, celui-ci se serait frayé un chemin jusqu’à la surface en suivant une fissure profonde. Moins tendre que les roches environnantes, il s’est érodé nettement moins rapidement.
Les clichés satellite les plus saisissants de cette paire de lèvres charnues datent de 2006, lorsque des conditions particulièrement sèches contribuaient à faire ressortir leurs contours. À l’inverse, les années plus humides, la végétation rend l’illusion moins convaincante.
Même si vous avez l’âme d’un aventurier, se rendre sur le site constituerait une entreprise assez peu recommandable. Isolé et hostile, le Darfour occidental est depuis des années le théâtre de conflits armés qui ont fait plusieurs milliers de morts et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes. Ce contexte troublé explique essentiellement pourquoi il n’existe aucune photographie connue de ces lèvres géantes prise depuis le sol, ainsi que leurs origines géologiques assez floues.
Paréidolie
Derrière notre tendance à voir dans des motifs naturels ou formes vagues des éléments récurrents de notre quotidien, la paréidolie. On soupçonne qu’il s’agisse d’un vestige évolutif : ce mécanisme cérébral aurait autrefois aidé nos ancêtres à identifier rapidement menaces potentielles et alliés.
En Afrique, l’un des exemples les plus frappants est l’Oeil du Sahara. Située en Mauritanie, cette structure circulaire géante affiche un diamètre d’environ 40 kilomètres.
Ce phénomène ne se limite toutefois pas à la Terre : au cours de la dernière décennie, les rovers et orbiteurs martiens ont ainsi pu observer la tête d’un ours géant, un chapeau, ou un visage mécontent.