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Quarante préservatifs ont permis de tester l’air dans des tours de cigales au cœur de l’Amazonie sans briser l’argile

Quarante préservatifs ont aidé à comprendre des tours d’argile amazoniennes. Chez la cigale Guyalna chlorogena, une nymphe, c’est-à-dire un jeune stade avant l’adulte, façonne ces tubes avant sa métamorphose. Leur rôle combine respiration et protection, comme un tuba posé sur une forteresse minuscule.

Cheminée d’argile de cigale amazonienne sur sol forestier humide.
Dans la litière humide de la forêt amazonienne, ces cheminées d’argile prolongent le terrier des nymphes. Elles participent à la respiration tout en réduisant l’exposition aux fourmis. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pourquoi ces cheminées d’argile construites par des nymphes de cigales intriguent autant les biologistes

Au sol, ces cylindres ressemblent à de petites cheminées brun clair. Les nymphes les montent avec de l’argile mêlée à leurs rejets, depuis un puits souterrain pouvant mener vers les racines. La tour devient alors un prolongement du terrier, visible dans la litière humide.

Chez Guyalna chlorogena, l’édifice se construit pendant la dernière partie de la vie juvénile. Des travaux antérieurs décrivaient souvent des tours de 20 à 40 cm, soit la taille d’une règle d’écolier allongée. La nouvelle étude rapporte même un record de 47 cm.

Cette architecture intrigue parce qu’elle dépasse largement la taille de l’animal caché dessous. La nymphe façonne une structure fragile, mais assez haute pour modifier son contact avec l’air et le sol. À cette échelle, une colonne de boue devient un outil biologique.

Comment la hauteur de ces tours d’argile réduit le risque quand les fourmis patrouillent au sol

L’équipe menée par Marina Méga, doctorante en écologie à l’Université fédérale de Rio de Janeiro, a testé une idée simple. Si la tour protège la nymphe, les fourmis doivent moins l’atteindre. Des appâts placés au sommet et au sol ont servi de pièges comparables.

Le résultat donne un écart net : les appâts posés sur les tours attiraient huit fois moins de fourmis que ceux placés à côté. Pour une nymphe en métamorphose, cette hauteur protectrice agit comme le bord d’une table pour une miette entourée d’insectes.

Pourquoi 40 préservatifs ont permis de tester la circulation de l’air sans briser les tours

La seconde hypothèse concernait la respiration. Les sols amazoniens peuvent rester saturés d’eau, ce qui limite les échanges gazeux, autrement dit le passage de l’oxygène et du dioxyde de carbone. Une tour creuse pourrait fonctionner comme une cheminée d’aération au-dessus de la boue.

Pour obstruer l’ouverture sans briser l’argile, les biologistes ont utilisé des capuchons de latex. Les préservatifs offraient une membrane souple et étanche, ajustée à des formes irrégulières. Ce bricolage a permis de tester la circulation de l’air sans écraser les structures.

Ce que cette architecture d’argile révèle du corps élargi et des stratégies discrètes des insectes

Après l’obstruction, les nymphes ne reconstruisaient pas toutes leur tour de la même façon. Les plus grandes structures répondaient autrement que les plus petites, signe d’une réaction liée à la taille. L’étude parle d’un effet dépendant de la hauteur de la tour.

Ce comportement soutient l’idée d’un phénotype étendu, c’est-à-dire un trait construit hors du corps mais utile à l’animal. Comme un barrage de castor modifie un ruisseau, la tour transforme le microclimat du terrier autour d’une nymphe cachée.

Publiés dans Biotropica en 2026, ces résultats ne réduisent pas la tour à une seule fonction. Elle diminue la rencontre avec les fourmis et participe aux échanges gazeux. Dans la forêt près de Manaus, une colonne de 47 cm reste dressée dans l’argile humide.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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