
Notre cerveau nous joue (très) souvent des tours. On se penche aujourd’hui sur le renversant « effet Thatcher », décrit par un psychologue britannique réputé il y a plus de quatre décennies.
Thatchérisation
Également appelé « illusion Thatcher », ce phénomène met en évidence la façon fondamentale dont notre cerveau traite les visages : de manière globale plutôt que comme une somme de traits distincts. Au début des années 1980, Peter Thompson, de l’université de York, s’est appuyé sur deux photos de la « Dame de fer » Margaret Thatcher, alors Premier ministre britannique, pour l’illustrer.
Concrètement, lorsqu’un visage humain est renversé, notre traitement configurationnel global (mécanisme cognitif liant relations spatiales, proportions et distances entre les objets) est profondément perturbé. Ainsi, notre cerveau bascule sur une identification trait par trait, utile pour discerner des stimuli flous ou inconnus, mais généralement moins efficace que son homologue global.
Au lieu d’examiner la disposition spatiale des traits du visage, notre cerveau se contente de rechercher les éléments que nous associons étroitement à cette partie de notre anatomie : des yeux, un nez ou une bouche.
Comme la photo contient effectivement tous ces traits, qu’ils soient inversés ou non, nous les interprétons comme « normaux », ce que les experts qualifient de « thatchérisation ».

Des zones cérébrales distinctes
Le traitement global, ou holistique, des visages « à l’endroit » implique la zone fusiforme faciale. Lorsqu’ils sont inversés, notre cerveau passe alors au traitement analytique, sollicitant des zones adaptées à la reconnaissance d’objets plus généraux (chaises, bâtiments…).
Bien que déroutant au premier abord, l’effet Thatcher constitue un témoignage de l’évolution des primates : il montre que la reconnaissance faciale est une forme spécifique de traitement visuel, avec des implications pour le traitement de troubles tels que la prosopagnosie, qui empêche certaines personnes de reconnaître leurs proches.
Pour aller plus loin, découvrez la paréidolie faciale, qui nous fait voir des visages (presque) partout.