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Du haut de leurs 2 cm, ces grenouilles à l’aspect inoffensif sont capables de vous tuer dans d’atroces souffrances

Les grenouilles sont des petits animaux extraordinaires. Si beaucoup les considèrent comme des créatures très mignonnes, elles sont parfois bien plus dangereuses qu’il n’y parait. Du haut de leur 1,5 cm, certaines d’entre elles font partie des animaux les plus toxiques au monde et sont mortelles tant pour les animaux que pour les humains. SooCurious vous explique tout sur ces petites bêtes qu’il ne faudrait pas croiser !

L’un des animaux les plus venimeux au monde

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Méfiez-vous des apparences ! Les plus petits peuvent aussi être les plus dangereux. Une belle leçon que nous donnent les grenouilles venimeuses. En effet, malgré leur petite taille : allant de 1,5 à 6 cm de longueur, elles font partie des créatures les plus redoutables du règne animal. Rassurez-vous, toutes les grenouilles ne sont pas aussi dangereuses. Les petites bêtes que vous pouvez rencontrer près de chez vous sont loin d’être venimeuses comme celles venues des forêts tropicales.

Des millions d’animaux produisent des substances toxiques mais la plupart ne sont pas si venimeux. Le venin d’un serpent par exemple peut être dangereux seulement s’il vous mord et qu’il atteint votre circulation sanguine. Or, le poison que sécrètent certaines grenouilles n’a même pas besoin de tout ce chemin. Par exemple, la grenouille jaune dorée, ou Phyllobates terribilis, garde son poison dans des glandes sous sa peau, dès lors qu’elle se sent en danger, elle sécrète une substance qui agit immédiatement au contact de la peau. Il existe seulement une poignée d’espèces qui représentent un véritable risque pour l’être humain.

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Ce poison terrifiant se nomme batrachotoxine. Il appartient à un grand groupe de produits chimiques, appelé alcaloïde, qui provoque la paralysie et lorsqu’il pénètre dans le sang, même dans une infime quantité, la mort. L’alcaloïde est le principal poison utilisé par l’ensemble des grenouilles venimeuses. Par exemple, les grenouilles venimeuses d’Anthony (ou Epipedobates anthonyi), vivant dans les forêts du Pérou et de l’Equateur, ont en elles deux alcaloïdes très puissants : l’épibatidine et le phantasmidine.

D’après une étude publiée en 1998, même de toutes petites quantités d’épibatidine peuvent provoquer de graves dommages au cerveau et aux muscles d’un animal, conduisant à une paralysie respiratoire, à de l’hypertension, à des convulsions et au final, à la mort. Et même, les jeunes grenouilles, encore bébés, sont porteuses de ces toxines mortelles. Effrayant !

En effet plusieurs études, dont celle de Ralph Saporito de l’Université John Carroll dans l’Ohio, ont montré que la mère fournissait aux têtards le poison par l’intermédiaire d’une nourriture un peu spéciale : ses propres oeufs non fécondés, ceux-ci absorbant la toxine et devenant toxiques à leur tour. Ainsi, les parents assurent à leur descendance les moyens de se défendre contre les prédateurs dès leur plus jeune âge. Saporito confie que la présence des alcaloïdes chez les têtards semble suffisante pour « dissuader d’éventuels arthropodes prédateurs tels que des libellules affamées ».

 

Un mécanisme de défense incroyable

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Les petites grenouilles sont en effet des mets de choix pour tous les prédateurs qui habitent les forêts tropicales. Sans défense, elles seraient croquées sans beaucoup de difficulté. D’après les chercheurs, elles ont donc dû s’adapter pour survivre, ce qui expliquerait leur manière ingénieuse de se protéger. Pour eux, les grenouilles venimeuses appartiennent toutes à une même famille, les Dendrobatidae, un groupe né il y a 40 000 000 à 45 000 0000 années, dans les forêts du nord de l’Amérique du Sud. Ces ancêtres n’étaient alors pas encore toxiques, colorés ou même petits, d’après Juan Santos de l’Université de la Colombie-Britannique du Canada.

D’après lui, après avoir examiné les gènes des grenouilles, il semble que les grenouilles descendent de quelque chose comme un crapaud commun (ou Bufo bufo). Mais cela n’explique pas encore leur toxicité d’aujourd’hui. Plusieurs hypothèses sont alors mises sur la table. D’après Santos, les grenouilles n’ont pas fait elles-mêmes leur poison. Elles l’ont obtenu à partir d’animaux qu’elles mangeaient comme des fourmis. Celles-ci ont en elles d’infimes quantités de ces toxines, et en les mangeant les grenouilles hébergeaient alors le poison dans leur corps. C’est donc ainsi qu’elles auraient acquis la capacité de faire du poison. Mais pourquoi ? Pour survivre pardi !

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Une autre particularité des grenouilles (et vous l’aurez sûrement remarqué) : leurs couleurs vives. Vous ne pensez pas qu’il s’agisse d’un mécanisme de défense mais plutôt d’une incitation assez bête à être mangé ? Détrompez-vous ! Les grenouilles venimeuses sont de couleurs vives (blanc, noir, jaune, orange, rouge, vert, bleu) pour une bonne raison : dissuader.

D’après Kyle Summers, de l’université East Carolina à Greenville, qui les à étudiées pendant 30 ans, ces couleurs vives sont souvent un signe d’avertissement. Une sorte de « Ne m’approchez pas, je pique ». Dans une étude publiée en 2001, le professeur a prouvé que les grenouilles les plus voyantes étaient aussi les plus toxiques. Cela « informe les prédateurs potentiels, tels que les oiseaux, quelle quantité de poison les grenouilles peuvent délivrer », explique Molly Cumming, auteure d’une étude parue en 2012. Dès lors, les prédateurs apprennent rapidement à éviter les grenouilles colorées.

 

Une aubaine pour les scientifiques

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La question qui taraude alors les chercheurs est : comment peuvent-elles conserver ce poison, et ce sans s’empoisonner elles-mêmes. Pour les scientifiques, les grenouilles venimeuses sont aussi effrayantes que fascinantes. Pour eux, une première explication se trouverait dans leur métabolisme. Leur corps pourrait traiter les nutriments et d’autres produits chimiques rapidement. D’après Summers, « le taux métabolique élevé aurait pu être crucial, permettant aux membres de cette lignée de résister et de traiter les toxines ». Les grenouilles étaient alors pré-adaptées.

Richard Fitch précise aussi que « ce ne sont pas les effets toxiques qui sont intéressants mais la façon dont ils le font qui est utile pour les scientifiques et les médecins ». Il existe des précédents révélant que certains alcaloïdes pouvaient avoir des effets anticancéreux, alors que d’autres servent de stimulants. L’épibatidine et la phantasmidine en sont le meilleur exemple, même si elles peuvent être mortelles, elles agissent aussi sur les mêmes récepteurs que ceux qui répondent à la nicotine dans notre cerveau. Ainsi, en étudiant leur structure, on peut concevoir des médicaments plus efficaces. On pourrait même mettre au point une version de la phantasmidine, sans qu’elle ne soit toxique. Un défi de taille pour les chercheurs, mais qui vaut la peine d’être mené !

 

Des animaux dangereux en danger

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Certains hommes ont d’ailleurs bénéficié des capacités de ces animaux pour une tout autre utilité, plus polémique. Comme en témoigne un rapport publié en 1978, au coeur de la forêt tropicale colombienne la tribu Embera utilisait déjà ce poison mortel pour chasser. Munis de leur sarbacane et de leurs fléchettes, les hommes devaient se nourrir. Le venin des grenouilles dorées était la meilleure des armes puisqu’elle tuait sans problème n’importe quel humain ou animal qui était touché par elle. Pour la tribu, il suffisait d’« attraper les grenouilles dans les bois, et de les confiner dans une canne creuse ». Dès lors qu’ils avaient besoin de leur poison, ils passaient « un morceau de bois pointu dans sa gorge, et sur une de ses jambes ». Se sentant agressées, elles transpiraient de leur poisson qui était alors récolté. Les hommes en enduisaient leurs fléchettes et partaient équipés pour la chasse. Heureusement, cette pratique a noté un déclic important à partir des années 1970 mais rien ne prouve que les Embera ne continuent pas à utiliser les grenouilles venimeuses.

Il reste tout de même des risques pour les grenouilles venimeuses qui sont plus vulnérables à l’extinction dans les forêts tropicales qui ne font que diminuer. Ces animaux sont menacés par encore plus petit qu’eux : un champignon appelé chytridiomycose. Celui-ci tue les amphibiens en infectant leur peau. Même si leur poison peut lutter contre certaines bactéries, parasites et champignons, cela ne veut pas forcément dire qu’il peut combattre le chytridiomycose. Les scientifiques étudient donc sérieusement cette menace qui pèse sur les grenouilles.

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Incroyable ! Une petite bête aussi dangereuse que cela, qui l’aurait cru ? A la rédaction, on est fasciné par tout ce mécanisme de défense si intelligemment mis en place au fil du temps. On ne s’aventurera pas de sitôt dans une forêt tropicale pour aller rencontrer ces petites grenouilles. Derrière leur allure très mignonne, certains êtres vivants sont vraiment dangereux pour l’Homme, à l’image de ces 10 animaux bien plus dangereux que ce que l’on pourrait imaginer. Oseriez-vous approcher ces animaux pour les admirer ?

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