Alors que le Yemen est en proie depuis maintenant 5 ans à la plus grave crise humanitaire au monde, une conférence de donateurs, mardi dernier, n’a réussi à réunir que la moitié de ce qui était attendu pour venir en aide à ce pays dévasté.

Un pays secoué par 5 ans de guerre

Le Yémen est déchiré par une guerre, initialement civile, qui a fini par devenir régionale. Pour comprendre la situation complexe de ce pays, il est nécessaire de revenir quelques années en arrière. Unifié en 1990, le Yémen est un pays composé majoritairement de musulmans sunnites. Toutefois une minorité chiite non négligeable est également présente sur le territoire et représente 40% de la population. En 2004, ces derniers se révoltent, dans le gouvernerait de Saada, car ils estiment être mis à l’écart des décisions politiques du pays, ainsi que de sa vie économique. La répression contre ces émeutes est forte, avec des dizaines de contestataires tués. La police tue en septembre Hussein Badreddine al-Houthi, le meneur de la contestation, qui donne son nom au mouvement (les « houthistes »), ce qui provoque un regain de tensions dans les manifestations.

En 2009, alors que le conflit a embrasé tout le pays, y compris le long de la frontière avec l’Arabie Saoudite, cette dernière mène des frappes aériennes, et l’Iran est soupçonné de vendre des armes aux rebelles. En 2011, le conflit prend une nouvelle tournure avec des manifestations étudiantes contre le pouvoir en place, dans la lignée du printemps arabe, et les revendications (houthistes et étudiantes) s’entremêlent, et réclament le départ du Président Ali Abdallah Saleh. La répression est une fois de plus sanglante et, après un accord de transition mené avec l’intervention des États-Unis et des pays du Golfe, il laisse la place à son vice-président Abd-Rabbo Mansour Hadi.

En 2014, les housthistes rejettent le projet de fédération en 6 provinces qui prévoyait que le gouvernerat de Saada, qu’ils contrôlent, soit intégré dans un plus vaste territoire au sud, ce qu’ils contestent, car ils réclamaient un accès à la mer. En 2015, ils contrôlent Taëz, la troisième ville du pays, et assiègent le palais présidentiel à Sanaa, la capitale. La même année, l’Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis, entre en action pour soutenir le régime « officiel. » En 2017, des ONG estiment qu’il s’agit de « l’une des plus graves crises humanitaires au monde« , terme qui sera repris en 2018 par Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU. En 2018, on estime que le conflit a causé 10 000 morts, 53 000 blessés, et 22,2 millions de personnes qui nécessitent une aide humanitaire. Cette même année, l’accord de Stockholm aboutit à une trêve à Hodeida, sur fond de polémiques concernant les ventes d’armes de pays occidentaux dont la France à l’Arabie Saoudite, soupçonnée de les utiliser contre les civiles yéménites.

Image d’illustration— anasalhajj / Shutterstock.com

Une aide internationale désormais réduite de moitié

C’est donc presque une « Guerre froide » qui s’est engagée entre l’Arabie Saoudite, qui soutient le régime, et l’Iran, qui soutient les rebelles chiites, et dont les yéménites font les frais. Mardi dernier, à l’issue d’une conférence de presse virtuelle menée par l’Arabie Saoudite, seulement la moitié des 2,4 milliards de dollars réclamés pour tenter de mettre fin au conflit ont pu être récoltés. Selon la porte-parole de l’ONU, un total de 1,35 milliard de dollars de promesses ont été récoltés.

De plus, les rebelles houthistes veulent contrôler l’aide humanitaire, ce qui peut avoir un effet dissuasif pour les États souhaitant apporter leur contribution. Mohammad Al-Basha, spécialiste du Yémen pour la firme de conseil Navanti, le reconnait : « Dans le dossier yéménite, une forte lassitude s’est installée parmi les donateurs. La capacité des Nations unies à obtenir l’attention des pays occidentaux sur le Yémen se réduit de jour en jour, tandis que les pays du Golfe sont animés par leurs propres intérêts politiques. »

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