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Vol de vélo : le marquage est obligatoire depuis 2021, il restitue un vélo sur neuf

La Semaine européenne de la mobilité s’ouvre demain, et des dizaines de communes vont proposer du marquage antivol gratuit. C’est une bonne chose, et il faut y aller. Mais les chiffres officiels méritent d’être posés avant : 6,5 millions de vélos sont enregistrés dans le fichier national, soit plus d’un tiers du parc français, et le taux de restitution des vélos marqués et déclarés volés atteint 11,4 %. En progression 7,5 % en 2022, 10,3 % en 2023 et très loin de ce que laissent entendre les brochures. Marquer son vélo est obligatoire, utile et insuffisant. Voici pourquoi, et ce qui protège réellement.

Le cadre juridique d’abord, parce qu’il est mal connu. L’obligation vient de la loi d’orientation des mobilités, précisée par un décret du 25 novembre 2020 et un arrêté du 31 décembre 2020. Tout vélo neuf vendu par un commerçant doit être marqué depuis le 1er janvier 2021 ; tout vélo d’occasion vendu par un professionnel depuis le 1er juillet 2021.

Le marquage consiste en un numéro unique de dix caractères apposé sur le cadre et enregistré dans le Fichier national unique des cycles identifiés, le FNUCI. Deux exemptions : les vélos d’enfants dont les roues font 40,64 centimètres de diamètre ou moins, et les remorques. Aucune rétroactivité : un vélo acheté avant ces dates n’a aucune obligation, ce qui laisse plusieurs millions de machines hors du système y compris une bonne partie des modèles de notre comparatif des vélos électriques, achetés avant l’entrée en vigueur.

Nous avons publié avant-hier le cadre légal complet des trottinettes et vélos électriques, qui traite de la circulation, de l’assurance et du débridage. Celui-ci traite du sujet qui vient juste après pour tout propriétaire : garder sa machine.

Ce que l’obligation couvre, et le trou qu’elle laisse

EnginMarquage obligatoire ?Depuis quand
Vélo neuf vendu par un commerçantOui1er janvier 2021
Vélo d’occasion vendu par un professionnelOui1er juillet 2021
Vélo à assistance électriqueOui, c’est un cycleMêmes dates
Vélo vendu entre particuliersNon
Vélo acheté avant 2021Non, pas de rétroactivité
Vélo d’enfant, roues ≤ 40,64 cmNon, exempté
Trottinette électriqueNon
Gyroroue, hoverboard, gyropodeNon

La dernière ligne du tableau est celle qui pose problème. L’obligation porte sur les cycles, et une trottinette électrique n’en est pas un : elle relève de la catégorie des engins de déplacement personnel motorisés. Le législateur a construit un fichier national pour les vélos et n’a rien prévu pour la famille d’engins qui a explosé depuis.

Concrètement, un propriétaire de trottinette qui se fait voler n’a ni numéro FNUCI, ni base de données consultable par les forces de l’ordre, ni procédure de restitution. Il a un numéro de série constructeur, souvent gravé sous la platine, que personne ne lui a demandé de relever et qu’il n’a généralement pas noté. Nous y revenons plus bas, parce qu’il existe des parades.

Les chiffres officiels de la restitution

Ils viennent d’une réponse du gouvernement à une question écrite parlementaire, publiée en février 2025, et ils sont plus intéressants que tout ce qu’on lit habituellement sur l’efficacité du marquage.

Indicateur202220232024
Taux de restitution des vélos marqués7,5 %10,3 %11,4 %
Consultations mensuelles du fichier par les forces de l’ordre5001 042plus de 1 300

À fin octobre 2024, plus de 6,5 millions de vélos étaient enregistrés au FNUCI, soit plus d’un tiers du parc en circulation, et 63 800 déclarations de vol figuraient dans la base.

La lecture honnête de ces chiffres tient en deux phrases. Le dispositif progresse réellement : le taux de restitution a gagné près de quatre points en deux ans, et les consultations policières ont été multipliées par 2,6. Et il reste que huit vélos marqués et déclarés volés sur neuf ne reviennent pas à leur propriétaire.

Pourquoi 11 % et pas 90 %

La chaîne de restitution comporte cinq maillons, et chacun peut céder.

Le premier est la déclaration. Beaucoup de victimes ne déposent pas plainte, jugeant la démarche inutile, et une partie de celles qui portent plainte ne pensent pas à déclarer le vol dans le fichier national ce sont deux actions distinctes. Un vélo marqué mais non déclaré volé est invisible pour le système.

Le deuxième est la retrouvaille physique. Encore faut-il que le vélo soit intercepté : contrôle, fourrière, revente sur un marché, dépôt en gendarmerie par un tiers. La majorité des vélos volés ne repassent jamais devant un agent.

Le troisième est la consultation. Un peu plus de 1 300 consultations mensuelles du fichier, c’est en progression nette et cela reste faible rapporté au volume de vélos qui transitent chaque mois par les services. Le réflexe s’installe, il n’est pas encore systématique.

Le quatrième est l’état du vélo. Une part importante des machines volées est démontée pour les pièces ou repeinte, et le numéro de cadre effacé à la meuleuse. Le marquage est un numéro gravé, pas un traceur : il résiste au temps, pas à un outil.

Le cinquième est la sortie du territoire. Les réseaux organisés exportent, et un vélo revendu à l’étranger sort de la juridiction du fichier français.

Aucun de ces cinq maillons ne relève du propriétaire, sauf le premier. C’est le seul sur lequel vous ayez la main, et c’est précisément celui que la plupart des victimes négligent.

L’antivol : les certifications qui comptent vraiment

C’est ici que se joue la protection réelle, et le marché est illisible pour un acheteur non averti. Quatre labels circulent, ils ne se valent pas.

SRA est la norme française, délivrée après des essais en laboratoire coupe-boulon, sciage, torsion, arrachement, crochetage. C’est celle que les assureurs français exigent le plus souvent, en particulier au-delà de 1 500 € de valeur et pour les vélos à assistance électrique.

ART est néerlandaise et fonctionne par étoiles, de 1 à 5. Le niveau ART 2 est le minimum accepté par la majorité des contrats d’assurance ; ART 3 est recommandé pour un VAE ou un vélo haut de gamme.

FUB, la fédération française des usagers de la bicyclette, propose deux niveaux : « 1 roue » et « 2 roues ». Ce n’est pas une norme d’assurance mais un indicateur sérieux, issu de tests indépendants. Un antivol labellisé FUB 2 roues sans certification SRA ni ART peut très bien être excellent et refusé par votre assureur.

Sold Secure est britannique et fonctionne aussi par niveaux. Elle est reconnue par une partie du marché européen, rarement par les assureurs français.

La règle pratique tient en une ligne : achetez selon la certification que votre assureur reconnaît, pas selon celle que le vendeur met en avant. C’est le seul critère qui détermine si vous serez indemnisé.

Sur la mécanique elle-même, la combinaison qui revient dans tous les retours de terrain est un antivol en U de qualité associé à une chaîne renforcée, pour un budget de 120 à 250 €. Le principe n’est pas de rendre le vol impossible mais de le rendre long et bruyant : un voleur équipé d’une pince coupe-boulon abandonne un cadenas qui lui demande trois outils et quatre minutes.

Le traceur : ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas

Les balises de type AirTag ou les traceurs GPS dissimulés dans une potence se sont banalisés, et il faut être clair sur leur rôle. Ils ne préviennent aucun vol. Ils localisent après.

Cette localisation a une valeur réelle : elle transforme une plainte vide en plainte documentée, et elle a permis des restitutions. Elle a aussi une limite légale que peu d’articles mentionnent : aller récupérer soi-même son vélo dans un lieu privé sur la foi d’un point GPS n’est pas autorisé. La marche à suivre est de communiquer la position aux forces de l’ordre, pas de sonner à la porte.

Sur le plan technique, deux réserves. Les balises fonctionnant par réseau de proximité ne remontent une position que si un appareil compatible passe à côté efficace en ville dense, aléatoire en zone rurale ou dans un local fermé. Et un traceur GPS autonome a une batterie qu’il faut recharger, ce que personne ne fait au bout de trois mois.

L’assurance vol : les clauses qui annulent tout

Un vélo de 2 500 € mérite une assurance, et un contrat mal lu ne sert à rien. Trois clauses reviennent systématiquement et méritent d’être vérifiées avant la signature, pas après le vol.

La première porte sur l’antivol : la garantie est presque toujours conditionnée à l’usage d’un modèle certifié, nommément SRA ou ART selon les contrats. Un antivol non certifié annule l’indemnisation, même si le vol est avéré.

La deuxième porte sur le point d’attache. Le vélo doit généralement être attaché par le cadre à un point fixe et scellé au sol. Un vélo cadenassé sur lui-même, roue avant contre cadre, est considéré comme non attaché par la plupart des contrats.

La troisième porte sur le lieu et l’horaire. Beaucoup de contrats excluent le vol nocturne sur la voie publique, ou limitent la couverture en cave et garage collectif à condition que le local soit fermé à clé et le vélo attaché à l’intérieur. Or le vol au domicile, cave comprise, représente une part importante des sinistres.

Le budget se situe couramment entre 30 et 120 € par an selon la valeur et l’étendue des garanties. Pour un vélo cargo ou un VAE haut de gamme comme le Fiido T2 que nous avons testé, c’est un poste à intégrer au coût de possession dès l’achat, au même titre que l’entretien.

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— Robert Avgustin / Shutterstock.com

Trottinette : que faire quand aucun fichier n’existe

Faute d’obligation légale, la protection repose entièrement sur le propriétaire. Quatre gestes, dans l’ordre.

Relevez et photographiez le numéro de série. Il est gravé sur la platine, souvent sous le deck ou près de la colonne de direction, parfois sous un autocollant. Faites-le le jour de la livraison, pas après le vol : c’est la seule information qui permettra d’identifier votre machine si elle est retrouvée.

Conservez la facture d’achat avec le numéro de série dessus. Sans ce document, la preuve de propriété est pratiquement impossible à établir, et une trottinette retrouvée sans propriétaire identifiable ne vous sera pas rendue.

Faites-la marquer volontairement. Plusieurs opérateurs proposent un marquage de trottinette sur le modèle du Bicycode, sans valeur réglementaire mais avec une base de données consultable. Certaines communes intègrent les trottinettes à leurs opérations de marquage gratuit celles de la Semaine de la mobilité en font partie, cela vaut la peine de demander.

Adaptez l’antivol au format. Une trottinette n’a pas de cadre triangulé : le point d’attache est la colonne de direction ou la platine, et beaucoup de modèles ne présentent aucun passage naturel pour un U. Une chaîne certifiée est souvent le seul montage praticable. C’est un point que nous vérifions désormais dans nos tests de trottinettes, parce qu’il ne figure sur aucune fiche technique.

Combien y consacrer, selon ce que vous roulez

Vélo mécanique de moins de 500 €, stationnement urbain quotidien. Un antivol en U certifié autour de 50 à 70 € suffit, associé au marquage. L’assurance dédiée se justifie mal à ce niveau de valeur : le montant des cotisations sur trois ans approche celui du vélo.

VAE entre 1 000 et 2 500 €. C’est le segment le plus ciblé, et celui où le calcul bascule. U certifié SRA ou ART 3 plus chaîne renforcée, entre 120 et 250 €, assurance dédiée entre 30 et 120 € par an, marquage obligatoire déjà fait par le vendeur. Un traceur discret se justifie à partir de ce niveau de valeur.

Vélo cargo ou VAE haut de gamme. Le stationnement extérieur prolongé devient le point faible principal, et aucun antivol ne compense une nuit entière sur la voie publique. La vraie réponse est un local fermé, ce qui déplace la question vers le bâtiment plutôt que vers l’équipement. Un vélo urbain plus discret est parfois le meilleur antivol pour qui n’a pas de garage.

Trottinette électrique. Chaîne certifiée adaptée au point d’attache disponible, numéro de série photographié le jour de la livraison, facture conservée, marquage volontaire si votre commune le propose. Le budget antivol dépasse rarement 60 €, et l’assurance responsabilité civile obligatoire ne couvre pas le vol : c’est une garantie distincte à souscrire.

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Les vingt-quatre heures qui suivent un vol

Déposez plainte, en ligne ou au commissariat, avec le numéro de marquage ou le numéro de série, la facture et une photographie de l’engin. Sans numéro, la plainte est enregistrée mais inexploitable.

Déclarez ensuite le vol dans le fichier national c’est une démarche distincte de la plainte, effectuée auprès de l’opérateur qui a marqué votre vélo. C’est cette déclaration, et elle seule, qui rend votre machine identifiable lors d’un contrôle.

Prévenez votre assureur dans le délai contractuel, généralement deux à cinq jours ouvrés, en joignant le récépissé de plainte et la preuve d’achat de l’antivol certifié. Ce dernier document est celui que les assurés oublient le plus souvent de conserver.

Surveillez enfin les plateformes de revente pendant les semaines suivantes, en recherchant le modèle et la couleur dans votre région. Si vous reconnaissez votre vélo, ne contactez pas le vendeur : transmettez l’annonce aux forces de l’ordre avec votre numéro de plainte.

Questions fréquentes

Le marquage du vélo est-il vraiment obligatoire ?

Oui, pour tout vélo neuf vendu par un commerçant depuis le 1er janvier 2021 et tout vélo d’occasion vendu par un professionnel depuis le 1er juillet 2021. L’obligation pèse sur le vendeur. Elle n’est pas rétroactive et ne concerne ni les ventes entre particuliers, ni les trottinettes.

Quel est le taux de restitution d’un vélo marqué ?

11,4 % en 2024, contre 10,3 % en 2023 et 7,5 % en 2022, selon les chiffres communiqués par le gouvernement. Le dispositif progresse, mais huit vélos marqués et déclarés volés sur neuf ne reviennent pas à leur propriétaire.

Faut-il marquer sa trottinette électrique ?

Aucune obligation légale : le marquage ne couvre que les cycles. Un marquage volontaire existe chez plusieurs opérateurs, sans valeur réglementaire mais avec une base consultable. À défaut, relevez et photographiez le numéro de série dès la livraison et conservez la facture.

Quelle certification d’antivol choisir ?

Celle que votre assureur reconnaît, ce qui en France signifie le plus souvent SRA, ou ART niveau 2 au minimum et ART 3 pour un vélo électrique. Le label FUB est un bon indicateur de qualité mais n’est pas une norme d’assurance : un antivol excellent peut être refusé.

Un AirTag protège-t-il du vol ?

Non, il localise après coup. Sa valeur est de documenter une plainte et de permettre une intervention. Récupérer soi-même son vélo dans un lieu privé sur la foi d’un signal GPS n’est pas autorisé : la position se transmet aux forces de l’ordre.

Mon assurance habitation couvre-t-elle le vol de mon vélo ?

Parfois en cave ou garage, presque jamais sur la voie publique, et toujours sous conditions : antivol certifié, attache à un point fixe, parfois exclusion du vol nocturne. Vérifiez ces trois clauses avant l’achat plutôt qu’après le vol.

Verdict

Le marquage est obligatoire, gratuit pendant la Semaine de la mobilité dans beaucoup de communes, et il faut le faire 11 % de chances de récupérer sa machine valent mieux que zéro, et la courbe monte. Mais il ne faut pas le confondre avec une protection : c’est un dispositif de restitution, pas de dissuasion.

Ce qui empêche réellement un vol, c’est un antivol certifié conforme aux exigences de votre assureur, attaché par le cadre à un point fixe, et le temps qu’il fait perdre au voleur. Le reste traceur, assurance, déclaration sert à limiter les dégâts une fois le vol commis.

Un dernier constat, moins agréable. Le législateur a bâti un fichier national pour les vélos et n’a rien prévu pour les trottinettes, dont le parc a explosé depuis. Un propriétaire de trottinette volée est aujourd’hui exactement dans la situation d’un propriétaire de vélo en 2019 : sans numéro consultable, sans base de données, sans procédure. On aurait aimé écrire que c’est en cours de correction. Rien ne l’indique.

Par Antoine - Daily Geek Show, le

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