LE SANG CONTAMINÉ

Le Sida apparaît au début des années quatre-vingt. Bien avant que ne soit établi un protocole strict pour éviter la propagation, la France a été victime d’un scandale retentissant : le sang contaminé. La première à donner l’alerte est Anne-Marie Casteret. Médecin de formation, elle publie des articles pour L’Évènement du Jeudi.

Fin décembre 1987, c’est le coup de tonnerre. Entre 1983 et 1985, la méthode de conservation de nombreux lots sanguins est dénoncée. En effet, si une maladie circule dans le sang, on sait l’éliminer en la chauffant. Or, dans cette affaire, tout est resté froid, sans le moindre dépistage en amont.

En 1991, des investigations complémentaires de la doctoresse incriminent directement le directeur du Centre National de Transfusion Sanguine, Michel Garretta. Bientôt les victimes se manifestent et réclament des comptes au sommet de l’État. Le premier ministre Laurent Fabius et ses secrétaires à la Santé et des Affaires sociales avaient-ils eu vent de l’affaire ?

Quinze ans de débat seront nécessaires pour comprendre la part de responsabilité et de culpabilité des pouvoirs publics. En tout, 272 personnes, dont 25 hémophiles, ont été transfusées avec du sang contaminé. En 2003, un non-lieu général de la cour de Cassation clôt définitivement l’instruction.

Dans toutes ces affaires, les médias ont eu un rôle-clé. Les doutes, les enquêtes, les procès y étaient retranscrits. Devenu relais entre l’opinion et les autorités sanitaires, le journaliste s’appuyait sur le lanceur d’alerte. Depuis la loi Sapin II, la confidentialité de l’identité de ce dernier lui garantit une protection supplémentaire émanant de l’Etat. D’autre part, la multiplication des scandales de ces trente dernières années créent des suspicions et appréhensions à l’égard de la médecine. Jugée trop chimique ou contraire à l’éthique, malgré les progrès du numérique, elle s’estompe face au grand retour des préparations à base d’ingrédients d’origine naturelle.

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