— Petar Bonev / Shutterstock.com

La nature est de plus en plus victime du réchauffement climatique mais également la guerre. Au sein de celle-ci, le safran fait aussi partie de ces victimes. En effet, les récoltes de cet “or rouge” sont de plus en plus maigres.

Des récoltes de plus en plus maigres

Interrogé par Sciences et Avenir, Mohammad Ramzan Rather est un cultivateur travaillant des heures dans son champ de crocus du Cachemire. Toutefois, il rapporte le fait que ses récoltes sont de plus en plus maigres en raison du changement climatique. Avant cela, ses terres étaient extrêmement riches en safran. Par ailleurs, au cours de l’année 2019, ses récoltes n’ont pas dépassé le demi-kilo alors que douze années auparavant un peu moins d’un hectare de terres offrait deux kilos de safran. Et en 2020, ses récoltes ne pèsent qu’à peine trente grammes. 

Quand j’étais enfant, 80 hommes étaient nécessaires, toute une semaine, pour récolter les fleurs sur nos 16 kanals (0,8 hectare) de terre à safran. Ces champs étaient de véritables mines d’or”, rapporte également Abdul Ahad Mir, cultivateur, à l’AFP. 

« L’irrégularité des pluies de ces dix dernières années cause des dommages »

L’irrégularité des pluies de ces dix dernières années cause des dommages. Nous avions l’habitude de partir dans les champs avec de grands paniers en osier, mais maintenant les paysans se munissent d’affreux petits sacs en polyéthylène pour la récolte”, explique Jalal-ud-Din Wani, agriculteur. 

Selon les spécialistes, le changement climatique engendre la diminution du volume des glaciers de la région de l’Himalaya, ce qui provoque une réduction inquiétante du débit d’eau en aval. De plus, d’après une étude datant de juillet 2020, les températures de l’Inde, où le safran est majoritairement cultivé, risquent d’augmenter d’environ sept degrés d’ici 2100. Face à une telle situation, nombreux sont les cultivateurs de safran qui se convertissent et décident de produire des pommes qui nécessitent bien moins d’eau. 

La guerre également en cause

Si le réchauffement climatique y est pour beaucoup, la guerre dans la région, revendiquée de surcroît par le Pakistan, affaiblit les récoltes de safran. En effet, ces deux phénomènes ont réduit de moitié la production de cet “or rouge” en le faisant passer de 2,8 kg par hectare en 1998 à 1,4 kg en 2018, comme le rapporte Sciences et Avenir

Par ailleurs, le gouvernement indien a mis en place en 2020 une certification d’origine du safran afin de lutter contre la contrefaçon. Souhaitant réduire l’impact du réchauffement climatique et booster les rendements, il a de surcroît lancé en 2010 la “Mission nationale du safran” d’un budget de 54 millions de dollars pour moderniser les technologies agricoles. Grâce à cela, 1 480 hectares de cultures de safran ont pu être produits. 

Néanmoins, les agriculteurs contestent ces technologies et préfèrent davantage les vieilles méthodes : sécher les récoltes au soleil et faire appel aux commerces locaux. Nombreux sont ainsi ceux à croire que ces anciennes techniques permettront d’enrichir à nouveau leurs cultures de safran. “Il reste encore une petite chance de reconnaissance”, conclut Jalal-ud-Din Wani.

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