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En Chine, des robots de ménage entrent chez des particuliers pour apprendre les gestes du quotidien

À Pékin et Shenzhen, des robots entrent désormais dans de vrais appartements pour plier un pantalon, ramasser des déchets ou repérer le désordre. Derrière cette scène presque banale se cache une expérience bien plus vaste : celle d’un futur domestique en train de s’écrire, pièce après pièce.

Robot domestique blanc ramassant une bouteille dans un appartement moderne, avec une aide-ménagère et un ingénieur en arrière-plan.
En Chine, des robots de ménage sont testés dans de vrais appartements pour apprendre à accomplir des tâches domestiques simples aux côtés des humains – DailyGeekShow.com / Image Illustration

À Pékin et Shenzhen, le ménage à deux mains devient une scène de laboratoire

Dans certains logements de Pékin et de Shenzhen, la scène semble d’abord banale, puis franchement futuriste. Une aide-ménagère humaine nettoie le sol. À côté, un robot blanc et argent avance sur roulettes, saisit une bouteille vide, repère une poubelle et remet un peu d’ordre dans le salon.

Concrètement, le service, lancé par 58.com avec la société de robotique X Square, coûte 149 yuans pour trois heures, soit environ 19 euros. Le robot Quanta X1 Pro ne remplace pas encore l’humain. En revanche, il prend déjà en charge des gestes simples, comme ramasser des objets ou plier des vêtements, toujours sous l’œil d’un ingénieur.

Pourtant, ce qui frappe, ce n’est pas sa vitesse. C’est son application presque scolaire. Lorsqu’il manipule un pantalon oublié sur un canapé, ses mouvements rappellent moins un assistant ultra-performant qu’un enfant très concentré. Or, c’est justement ce moment d’apprentissage qui intéresse le plus les entreprises.

Derrière l’aide au quotidien, une collecte de données cruciale pour les robots

En réalité, derrière l’argument pratique se joue une autre bataille, bien plus stratégique. Ces robots ont besoin de données du monde réel pour progresser. Contrairement aux grands modèles de langage, nourris par d’immenses masses de textes en ligne, les machines domestiques doivent apprendre dans des lieux imprévisibles, encombrés et changeants. Bref, elles doivent apprendre dans la vraie vie, et vite.

D’ailleurs, c’est ce que souligne Christoforos Mavrogiannis, chercheur à l’université du Michigan, cité par l’AFP. Observer un robot dans un appartement réel serait plus instructif que le laisser éternellement dans un laboratoire. Une chaise déplacée, une lumière faible, un vêtement mal posé ou un sol glissant deviennent alors des leçons précieuses pour son intelligence artificielle.

À ce stade, environ 200 foyers ont déjà testé ce service depuis mars. Chez certains clients, la curiosité l’emporte d’ailleurs sur l’efficacité. Réserver une séance, c’est presque assister à une répétition générale du futur. Aujourd’hui, les utilisateurs ne paient pas seulement du ménage assisté. Ils participent aussi, sans toujours le savoir, à un immense entraînement technologique.

Malgré les démonstrations spectaculaires, la vraie vie résiste encore aux robots

Certes, la Chine a déjà montré au monde des robots capables de danser, de pratiquer les arts martiaux ou de se déplacer avec une fluidité spectaculaire. Mais entre une démonstration sur scène et un appartement encombré, il existe encore un gouffre. Dans un salon, il faut reconnaître des objets, éviter les obstacles, doser sa force et parfois improviser.

Pour l’instant, les performances de ces assistants restent très limitées. Le pliage est lent, la manipulation manque de finesse et la présence humaine demeure indispensable. D’ailleurs, même les concepteurs l’admettent. Les futures versions devraient répondre à la voix, converser et agir avec plus d’autonomie. Pour autant, ce stade n’est pas encore celui du quotidien ordinaire.

Malgré cela, les investissements continuent d’accélérer. Selon la base de données ITjuzi, plus de 57,7 milliards de yuans ont déjà été investis en 2026 dans l’industrie chinoise de l’IA appliquée aux robots. Autrement dit, c’est déjà plus que sur l’ensemble de l’année précédente. Autrement dit, les gestes hésitants d’aujourd’hui valent déjà très cher pour demain.

Vie privée, sécurité, responsabilité : le vrai chantier commence dans les foyers

À mesure que les robots progressent, une autre question gagne cependant en importance : que voient-ils exactement, et où partent ces informations ? En effet, dans un appartement, un robot n’observe pas seulement de la poussière ou des objets à déplacer. Il capte aussi des habitudes, des visages, un mode de vie, parfois l’intimité la plus ordinaire.

Dans ce contexte, des chercheurs comme Valeria Alessandra Macalupu Chira et Yang Jianfei rappellent que les règles restent encore floues. Sécurité des clients, arrêt d’urgence, accès aux données et responsabilité en cas d’erreur : tout reste en débat. Certes, ces robots promettent de soulager le quotidien. Mais, dans le même temps, ils brouillent déjà la frontière entre aide domestique et surveillance du foyer.

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