Aux États-Unis, alors que les organes sont rares et que les malades s’accumulent sur les listes d’attente, une étude fait un constat inquiétant. La plupart des malades morts en attente d’une greffe avaient en réalité reçu une offre de rein refusée par les hôpitaux. 

Des chiffres affolants 

L’étude en question a été publiée dans une revue de l’Académie américaine de médecine Jama Network Open. Comme le souligne Sumit Mohan, professeur associé de médecine à l’université Columbia à New York, “nous avons découvert que 84 % des reins proposés pour une greffe aux États-Unis étaient refusés au moins une fois”. En plus de ce chiffre alarmant, l’analyse des données montre qu’un patient transplanté aux États-Unis a reçu 17 offres de reins précédemment rejetées, contre en moyenne 16 pour un patient qui décède sur liste d’attente. 

La cause de ces refus massifs ? Des donneurs jugés « trop vieux » pour les médecins américains, davantage frileux pour greffer des organes plus âgés et qui accordent une place plus importante à l’âge du greffon dans l’évaluation de sa qualité. 

Alors que l’âge moyen des donneurs de rein en France est de 56 ans, le chiffre observé aux États-Unis est bien différent. En effet, les donneurs de rein aux États-Unis sont âgés en moyenne de 39 ans. Ce chiffre s’explique car les hôpitaux peinent à accepter des organes jugés “trop vieux”, minimisant ainsi l’espérance de vie de leurs patients. En conséquence, c’est près de 3 500 reins par an qui seraient jetés, au détriment de la vie des patients.

Et pourtant… 

Les Américains pourraient potentiellement sauver plus de vies s’ils acceptaient les greffons de donneurs plus âgés. Comme le souligne l’auteur principal de l’étude, le néphrologue Alexandre Loupy, “les patients vivent plus longtemps avec un rein “vieux” que s’ils restent sous dialyse, avec une qualité de vie supérieure”.

En France, par exemple, pour faire face à la pénurie de donneurs, l’âge d’acceptation des donneurs plus âgés pour les patients les plus âgés sur la liste d’attente a délibérément été augmenté. Alexandre Loupy rappelle d’ailleurs qu’ “un patient de 70 ans n’a pas besoin d’un greffon qui fonctionne 30 ans”.

Dan Race/ Shutterstock

Les chercheurs ont fait des calculs pour savoir ce qui se passerait si les hôpitaux américains se calquaient sur le système français. Ainsi, en dix ans, c’est près de 17 000 reins qui auraient pu être greffés, et 132 000 années de vie supplémentaires auraient ainsi pu être offertes aux patients. 

De plus, dans ces décisions, l’avis des patients n’est pas demandé et leur intérêt est laissé de côté. Lorsqu’un donneur décède aux États-Unis, l’offre est alors envoyée à l’hôpital du patient selon sa place sur la liste d’attente. L’établissement dispose d’une heure pour envoyer sa réponse. Ainsi, les centres de soin ont tendance à décliner l’offre en attendant qu’un rein pourvu d’un meilleur score finisse par leur parvenir, sans consultation au préalable du patient.

Problématique, quand on sait que la majorité des patients sont tout à fait prêts à accepter un rein moins bien noté, notamment pour échapper à la dialyse, un processus douloureux qui nécessite plusieurs déplacements hebdomadaires en centre hospitalier. 

Pourquoi ces refus ? 

Le problème vient non seulement des critères de sélection de qualité des reins, mais également de leur désir de maintenir un taux de survie élevé. En effet, les certifications par les autorités dépendent de ce taux de survie au bout d’un an de greffe.

À cela s’ajoutent les diverses contraintes budgétaires et d’indices liés à la performance qui freinent les médecins américains pour réaliser des greffes à risque. Cette excessive prudence fait perdre aux centres hospitaliers américains une efficacité précieuse. 

Heureusement, les malades américains pourraient voir leurs conditions d’obtention de greffe changer : un décret signé le 10 juillet par le président Donald Trump se fixe en effet pour objectif de doubler le nombre de reins disponibles à la greffe d’ici 2030. Une bonne nouvelle, à condition que les objectifs soient atteints d’ici là…

David Tadevosian/ Shutterstock.com

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