
L’analyse approfondie de restes millénaires de chiens, découverts sur un important site archéologique péruvien, a contribué à éclairer le rôle de ces animaux au sein des anciennes sociétés andines.
Les canidés de Castillo de Huarmey
Débutées en 2010, les fouilles du Castillo de Huarmey ont livré les vestiges d’un mausolée royal aux sépultures opulentes, un large éventail d’artefacts comprenant textiles, céramiques, ornements et des restes animaux. Parmi eux, ceux d’au moins vingt chiens, comprenant des squelettes et des dépouilles naturellement momifiées d’adultes et de chiots, âgés dans certains cas de quelques semaines seulement.
Dans le cadre de travaux publiés dans le Journal of Anthropological Archaeology, une équipe internationale de chercheurs a combiné analyses microscopiques, génétiques et isotopiques pour préciser les origines et le mode de vie de ces canidés.
Datés de 688 à 870 de notre ère, plusieurs spécimens se sont révélés être les plus anciens exemples connus de chiens nus péruviens, dont des représentations avaient été trouvées sur des céramiques vieilles d’environ 2 000 ans. Outre l’absence de poils, ils présentaient une configuration dentaire distincte.
Il s’est avéré que les jeunes chiots nus avaient une alimentation comparable à celle des enfants des familles les plus influentes de Castillo de Huarmey, suggérant qu’ils vivaient aux côtés des élites et étaient choyés. « Les anciennes populations andines pensaient que leur chaleur corporelle pouvait soulager la douleur et soigner les maladies », expliquent les chercheurs.

De grandes quantités de maïs
Globalement, les analyses isotopiques ont révélé que l’ensemble des canidés examinés consommaient des quantités importantes de maïs. Des taux élevés d’azote indiquent également un apport significatif en protéines animales, probablement les restes de poisson ou de viande donnés par leurs maîtres ou jetés aux abords de cet ancien établissement humain.
L’un des animaux se distinguait par un régime alimentaire plus proche de celui des lamas et des alpagas, laissant penser qu’il accompagnait et protégeait les troupeaux lors des migrations saisonnières, ou les caravanes commerciales.
La découverte de restes de chiens dans plusieurs sépultures, dont ceux d’un chiot dans celle d’un artisan de haut rang, et d’un adulte dans celle d’un adolescent, illustre également leur dimension spirituelle et symbolique. « Traditionnellement, les chiens étaient supposés guider les âmes des défunts vers l’au-delà », explique Weronika Tomczyk, auteure principale de la nouvelle étude. « Ceux au pelage noir étaient considérés comme des médiateurs entre le monde des vivants et celui des morts. »
Selon la chercheuse, de tels travaux offrent un nouvel aperçu de la relation étroite et complexe entre humains et canidés au sein de la société Wari, civilisation précolombienne connue pour ses rituels impliquant des sacrifices humains.