Procès des sorcières de Salem

ll y a eu des chasses aux sorcières, et ce, depuis le Moyen Âge. Mais la chasse aux sorcières la plus connue au monde est sans aucun doute celle de Salem. En effet, le nom de cette ville résonne dans l’idée que nous nous faisons des sorcières, comme la ville de la sorcellerie. Cependant, l’histoire des procès pour sorcellerie qui se sont tenus près de Salem est la conséquence de problèmes plus profonds. Effectivement, si les sorcières sont « des femmes possédant des pouvoirs surnaturels et en particulier la faculté d’opérer des maléfices avec l’aide du diable ou de forces malfaisantes », un engouement s’est créé pour la chasse aux sorcières, d’abord en Europe, puis dans les colonies américaines. Plus de 200 personnes seront accusées de pratiquer la sorcellerie et 20 seront condamnées à mort. Voici une « courte » histoire sur le procès des sorcières de Salem.

La chasse aux sorcières : résultat de problèmes politiques, religieux et raciaux

A la fin des années 1680, Salem est une ville tranquille vivant de la pêche et du commerce maritime. En très peu de temps, Salem sera bouleversée par les plus grands procès pour sorcellerie, ayant eu lieu dans un petit village à proximité, Danvers. A cette époque, l’Amérique coloniale connaît de nombreux bouleversements. En effet, depuis 1688, la guerre du roi Guillaume oppose les Anglais aux Français dans les 13 colonies. Ainsi, de nombreuses personnes trouvèrent refuge à Salem. Cela a malheureusement engendré des tensions au sein de la colonie. En effet, la colonie est scindée en deux : d’un côté, un bourg prospère, de l’autre, un village agricole. Les colons se querellent pour des questions de ressources. Mais, les habitants du village agricole sont aussi divisés. Certains veulent leur indépendance, les autres non. Certains puritains sont persuadés que le diable est à l’origine de tous ces problèmes.

En 1689, les villageois obtiennent le droit de fonder leur propre église, et choisissent le révérend Samuel Parris comme pasteur. Ce dernier ne fait pas l’unanimité, en raison de ses méthodes austères, et le fait qu’il souhaite récupérer l’acte de propriété du presbytère qu’il occupe. Certains habitants souhaitent donc le chasser et arrêtent de payer son salaire dès octobre 1691. C’est donc dans ce contexte quelque peu fragile que les accusations de sorcellerie commencèrent.

Accusations, confessions, dénonciations et condamnations

1692, Salem est sous tension. La jeune Betty Parris fait de drôles de crises. Elle crie des inepties, se contorsionne dans tous les sens, jette des objets, etc. La nièce du révérend Parris, Abigail Williams, et une autre jeune fille, Ann Putnam, ont des crises similaires. Rapidement, ces crises ont été mises sur le dos du Malin. Les médecins ne trouvant pas d’autre origine à leurs crises. Ainsi, le 29 février, brutalisées, les trois jeunes filles finirent par dénoncer Tituba, l’esclave des Parris, Sarah Good, une mendiante sans abri, et Sarah Osburn, une femme sénile, d’être à l’origine de leur mal. Les trois femmes sont donc accusées de sorcellerie.

Procès des sorcières de Salem

Sarah Osburn et Sarah Good clamèrent leur innocence. Mais Tituba avoua : « Le diable est venu à moi et m’a ordonné de le servir. » Elle raconta alors des histoires de chiens noirs, de chats rouges, d’un homme qui lui avait fait signer un livre noir, etc. Selon ses dires, d’autres sorcières vivraient parmi les habitants de Salem, et rêveraient de détruire les puritains. C’était donc devenu une question de vie ou de mort, il fallait trouver ces sorcières. C’est alors qu’une vague de dénonciations souffla sur Salem. Les magistrats locaux menèrent alors l’enquête et de plus en plus de femmes mais aussi d’hommes étaient accusés d’actes de sorcellerie. Martha Corey, membre fidèle de l’Église du village de Salem, était une sorcière. La fille de Sarah Good, âgée de 4 ans, aussi. La paranoïa s’empara des habitants de Salem et, sous la torture, les accusés dénoncèrent encore plus de monde.

Création d’un tribunal et dissolution

Le 27 mai 1692, un tribunal spécial fut créé par le gouverneur William Phips. La première « sorcière » à être jugée fut Bridget Bishop, une vieille dame bavarde. Pourtant, même si elle clama son innocence, le tribunal conclut qu’elle était une sorcière, et ce, uniquement sur des spéculations. Bien que le révérend Increase Mather, président de l’université Harvard et père de Cotton Mather, ait dénoncé que les accusations et les condamnations reposaient sur des preuves beaucoup trop légères, ou encore des témoignages d’événements surnaturels indémontrables, 19 « sorcières » furent pendues à Gallows Hill. « Il vaudrait mieux que dix sorcières accusées s’échappent plutôt qu’un seul innocent soit condamné », avait-il déclaré.

Procès des sorcières de Salem
© SalemPuritaine / Wikimedia Commons

Cependant, le gouverneur William Phips finit par dissoudre le tribunal qu’il avait lui-même créé. En effet, lorsque des accusations tendaient à dire que sa propre femme était elle aussi une sorcière, il prit la décision de le remplacer par une cour supérieure dans laquelle les accusations « spectrales » ne sont plus prises en compte. Sur les 56 accusés de sorcellerie, seuls trois furent condamnés pour sorcellerie. Cependant, William Phips les graciera, ainsi que les cinq autres personnes en attente d’exécution. Puis, il finit par gracier toutes les autres personnes emprisonnées pour sorcellerie en mai 1693. Néanmoins, le mal était fait, puisqu’en plus des 19 personnes pendues, un homme avait été broyé à mort, et de nombreuses personnes étaient mortes en prison, dont un nourrisson de quelques mois.

Le mea culpa des accusateurs

Avec le temps, les accusateurs présentèrent leurs excuses, comme le juge Samuel Sewall. En 1701, une journée de jeûne fut proclamée comme commémoration aux procès de Salem. En 1702, les procès furent jugés illégaux. Puis, en 1711, les familles des condamnés reçurent une compensation financière. Cependant, il faudra attendre 1957, soit 265 ans après les procès de Salem, pour que l’État du Massachusetts présente officiellement ses excuses.

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