La pollution plastique contamine désormais les zones les plus reculées de la planète. Des scientifiques canadiens ont, en effet, détecté des substances chimiques dans des oeufs d’oiseaux vivants dans des colonies isolées de l’Arctique. Explications.

 

Quelle est la découverte des scientifiques ?

Sur l’île Prince Leopold, dans l’Arctique canadien, les scientifiques ont analysé le jaune et l’albumine de cinq oeufs de fulmar, une espèce d’oiseau. Les résultats se sont révélés positifs aux phtalates, un produit chimique utilisé dans la production du plastique, pour le rendre plus souple.

Ces résultats sont inquiétants car c’est la première fois que des produits chimiques sont retrouvés dans les oeufs d’oiseaux d’Arctique. D’après Jennifer Provencher, travaillant au service canadien de la faune, cette découverte est préoccupante surtout parce que la zone étudiée est très reculée, et qu’elle demeure (en apparence) vierge.

 

Quel est le risque de la présence de ces substances ?

Les dangers liés à la présence de ces produits chimiques peuvent être multiples. Ils peuvent perturber les hormones et le système endocrinien, et sont parfois associés à des anomalies congénitales. En France, depuis 1999 et par raison de sécurité, l’utilisation de nombreux phtalates est interdite dans les jouets pour enfants.

Sur l’île Prince Leopold, les oeufs de fulmars se développent donc avec des contaminants à l’intérieur. Mais les scientifiques souhaitent tout de même faire plus de recherches au sujet de la toxicité. “Nous savons que ces produits chimiques sont souvent des perturbateurs endocriniens et qu’ils peuvent interrompre le développement hormonal et causer des déformations. Mais nous ne savons pas s’ils nuisent réellement aux œufs” a déclaré Jennifer Provencher.

© Wikimedia / Andreas Tepte

 

Comment le plastique s’est-il retrouvé en Arctique ?

Les fulmars sont de grands oiseaux blancs et gris (ressemblant à des albatross) qui passent la majeure partie de leur temps à chasser poissons, calamars et crevettes. Ainsi, c’est dans l’eau que les oiseaux ingurgitent du plastique, qu’ils confondent souvent avec leurs proies. Les oiseaux ont un liquide gras dans l’estomac qu’ils vomissent pour se protéger des envahisseurs qui menacent leurs nids. Les scientifiques pensent que les phtalates ont pénétré dans le liquide stomacal, puis ont contaminé le sang et les œufs des oiseaux.

Les fulmars du Nords, qui sont reculés dans l’Arctique, peuvent vivre plus de 40 ans. Très peu de générations ont donc pu s’adapter à l’environnement changeant, notamment dût à la pollution plastique. 1,6 million de kilomètres carré de déchets plastiques naviguent actuellement dans nos océans, cette masse est nommée “le septième continent”. Lindsey Dodds, responsable de la politique maritime du WWF au Royaume-Uni, a déclaré “90% des oiseaux marins ont des fragments de plastique dans leur estomac et nous entendons maintenant que même leurs œufs ne sont pas à l’abri. Nous devons prendre des mesures urgentes à l’échelle mondiale et nationale pour éliminer les plastiques de la nature d’ici 2030.”

Si le plastique fait des dégâts dans les endroits les plus reculés de la planète, les menaces pourraient être bien pires dans les lieux déjà très exposés. “La reconnaissance de la présence de ces contaminants dans les œufs ouvre véritablement la porte à toutes les autres questions que nous devrions nous poser dans les zones où les concentrations de plastique sont beaucoup plus élevées”, a ainsi souligné Jennifer Provencher.

L’estomac d’un albatross mort en 2009 dans le Pacifique © FlickR / U.S. Fish and Wildlife Service Headquarters

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