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Bien que les ventes de voitures électriques aient atteint des niveaux record en 2020, de nouvelles recherchent montrent que l’essor des SUV a complètement annulé les bénéfices liés à ces dernières en matière de réduction des gaz à effet de serre.

« Si la croissance des véhicules électriques est encourageante, l’essor des SUV est déchirant »

Dans le cadre de travaux récemment présentés sur le site de l’Agence internationale de l’énergie, des experts ont estimé que la popularité croissante des SUV avait pour effet d’entraver largement la réduction des émissions de dioxyde de carbone et la réalisation des objectifs climatiques. Alors que la consommation de combustibles fossiles des véhicules conventionnels, hors SUV, a baissé d’environ 10 % en 2020, soit l’équivalent de plus d’1,8 million de barils par jour, la majeure partie de cette baisse est due à la réduction des déplacements en raison de la pandémie, et donc probablement temporaire.

Les chercheurs ont noté un recul global des ventes de véhicules lié à la situation économique et sanitaire et une augmentation sans précédent de celles des voitures électriques, ayant participé à hauteur de 40 000 barils par jour à la réduction évoquée plus haut. Mais celles des SUV ont également augmenté, avec 42 % des acheteurs s’étant tournés vers ces derniers, soit une augmentation de 3 % par rapport à 2019.

À l’échelle mondiale, on compte aujourd’hui plus de 280 millions de SUV sur les routes, contre un peu moins de 50 millions en 2010. En moyenne, ces véhicules massifs consomment 20 % d’énergie en plus par kilomètre qu’une voiture de taille moyenne. D’après Apostolos Petropoulos, co-auteur des recherches, l’augmentation du nombre de SUV en circulation l’année passée a entraîné une hausse de la consommation de combustibles fossiles ayant purement et simplement annulé les bénéfices liés aux véhicules électriques.

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« Cette tendance signifie que les émissions globales de l’ensemble des voitures ne diminuent pas, malgré la croissance du secteur électrique », souligne Glen Peters, du centre de recherche climatique CICERO en Norvège. « Si la croissance des véhicules électrique est encourageante, l’essor des SUV est déchirant. »

Les émissions des SUV ont augmenté de plus de 500 mégatonnes depuis 2010

Ce constat s’applique également à la dernière décennie, avec une réduction des émissions de CO2 provenant des véhicules conventionnels entre 2010 et 2020 ayant atteint près de 350 mégatonnes (grâce à des facteurs tels que l’amélioration du rendement énergétique et le passage à l’électrique), tandis que dans le même temps les émissions des SUV ont augmenté de plus de 500 mégatonnes.

« De nombreuses raisons expliquent la popularité des SUV », estime Petropoulos. « La prospérité croissante dans des pays comme l’Inde et l’Afrique du Sud implique que davantage de gens peuvent en acquérir, et ils représentent pour certains des symboles de statut social. Par ailleurs, ces véhicules sont également largement mis en avant par les constructeurs automobiles, dont les marges bénéficiaires sont plus élevées sur ces modèles. »

Certains pays, dont la France, ont mis en place des taxes sur ce type de véhicules, mais les chercheurs estiment que les personnes suffisamment riches pour s’offrir un SUV ne seront pas découragées par des taxes légèrement plus élevées. « Ce n’est pas un facteur de dissuasion important si les gens ont les revenus nécessaires », souligne Peters.

La Norvège est devenue le premier pays à dépasser les 50 % de véhicules électriques vendus en 2020 — PATIWIT HONGSANG / Shutterstock.com

Les SUV électriques loin d’être la panacée

Bien que plusieurs constructeurs proposent aujourd’hui des SUV électriques, les experts estiment qu’il faudra probablement du temps avant qu’ils ne pénètrent le marché global de ce type de véhicules, et qu’il ne s’agira de toute façon pas d’une solution idéale. En raison de leur poids, ceux-ci nécessiteront plus de ressources (notamment des batteries plus grandes) et consommeront environ 15 % d’électricité supplémentaire. Ce qui impliquera des émissions plus importantes, à moins que l’électricité ne provienne entièrement de sources renouvelables.

« Une demande d’électricité plus élevée compliquera l’écologisation de sa production », notent les experts. « C’est pourquoi les décideurs politiques doivent trouver des moyens de convaincre les consommateurs de se tourner vers des véhicules plus compacts et plus efficients. »

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