oxford
© Tetiana SHYSHKINA / Unsplash

Oxford, reconnue mondialement comme un pôle d’éducation prestigieux, recèle dans son riche passé une période sombre, souvent éclipsée par sa réputation académique établie. À l’ère du Moyen Âge, les étudiants n’étaient pas uniquement engagés dans la poursuite du savoir, mais également, de manière troublante, impliqués dans une vague de violences et de meurtres, comme le révèle une étude de l’université de Cambridge.

Les cartes de meurtres médiévaux

Démarré en 2018, le projet “Medieval Murder Maps” a entrepris la lourde tâche de disséquer et de cartographier les meurtres survenus dans l’Angleterre médiévale, notamment à Oxford, Londres et York. Les chercheurs ont fouillé à travers des dossiers de coroners vieux de 700 ans, traduisant et analysant les données pour former une image poignante des meurtres de l’époque. 

Les chercheurs ont recensé 354 scènes de crime liées à des homicides dans ces trois cités. Ils ont ensuite placé ces informations sur des cartes contemporaines, accessibles sur le site web du projet. En examinant les données d’Oxford, les chercheurs ont fait une découverte surprenante : le nombre d’homicides dans cette cité était quatre à cinq fois plus élevé que celui de Londres ou de York. 

Les chercheurs ont estimé que le taux d’homicide était astronomiquement élevé, atteignant entre 60 et 67 meurtres pour 100 000 habitants, soit un chiffre environ 50 fois supérieur à celui des villes anglaises contemporaines. 

Des causes multiples

Les chercheurs ont constaté que la plupart d’entre eux étaient liés à l’université d’Oxford, la première institution d’enseignement supérieur du pays. En effet, 75 % des criminels répertoriés à Oxford ont été identifiés par le coroner comme étant des “clericus”, un terme utilisé pour désigner les étudiants ou les membres du clergé. Mais ce n’est pas tout : 72 % des victimes étaient également classées comme clericus.

Les chercheurs ont identifié plusieurs facteurs qui ont contribué à créer un climat propice aux conflits. Tout d’abord, il faut savoir que les étudiants à Oxford étaient tous des hommes âgés de 14 à 21 ans, “le pic de la violence et de la prise de risque”, selon Manuel Eisner, responsable du projet.

Les étudiants, vivant dans un environnement où l’alcool, les armes et les prostituées étaient aisément accessibles, étaient catapultés dans une spirale de violence exacerbée par le manque de structures de contrôle social adaptées et efficaces. Beaucoup appartenaient à des fraternités appelées “nations” et cela constituait une source supplémentaire de conflits.

Des exemples choquants

Les documents des coroners contiennent de nombreux détails sur chaque crime, tels que le nom du coupable et de la victime, l’emplacement de la scène du crime et le type d’arme utilisée dans l’homicide. Par exemple, on apprend qu’un jeudi soir en 1298, une dispute a éclaté entre un groupe d’étudiants dans une taverne de la rue principale d’Oxford. Le coroner a noté que John Burel, un étudiant, avait “une blessure mortelle sur le sommet de sa tête, longue de six pouces et profonde jusqu’au cerveau”. 

On découvre aussi que de nombreuses interactions avec les prostituées se sont terminées tragiquement lorsque les étudiants sont devenus violents. Un érudit inconnu a assassiné Margery de Hereford dans la paroisse de St. Aldate en 1299, en la poignardant à mort au lieu de payer pour un rapport sexuel. 

On constate également que des cas ont été déclenchés par des dissensions entre les érudits de différentes parties de ce qui est aujourd’hui le Royaume-Uni. Les frictions entre les étudiants irlandais, gallois et anglais étaient courantes. Des incidents tragiques, comme celui où Adam de Sarum fut sauvagement poignardé au visage et à la gorge par des confrères irlandais lors d’un jeu de balle en 1303.

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