Les soldats allemands les surnommaient « die Nachthexen », les sorcières de la nuit. Cet escadron soviétique composé uniquement de femmes terrorisait les soldats du IIIe Reich. Le 588e régiment de bombardiers de nuit, renommé plus tard le 46e régiment de bombardiers de nuit des gardes de Taman, bombardait l’armée nazie à la nuit tombée.

Die Nachthexen ou The Night Witches : l’origine 

Surnommé ainsi par l’armée allemande, « die Nachthexen » était l’un des rares régiments composés exclusivement de femmes. Ainsi, à l’initiative du major Marina Raskova, le 588e escadron de bombardiers de nuit fut créé. Femmes volontaires venues de toute l’URSS, elles avaient entre 17 et 20 ans. Elles étaient alors pilotes, mécaniciennes, navigatrices aériennes, co-pilotes, et comptent aujourd’hui parmi les héros soviétiques de la Seconde Guerre mondiale.

Créé en octobre 1941, alors que l’armée allemande gagnait du terrain, leur première mission fut un véritable succès. Pourtant, elles n’avaient été formées que pendant 6 mois alors qu’une formation de pilote durait 18 mois. Leur technique, répandue dans les régiments de bombardiers, était simple. Elles survolaient les zones à bombarder, éteignaient leur moteur, se laissaient planer au-dessus de la zone de bombardement et donc seul le bruit du vent soufflant sur les ailes de leurs avions se faisait entendre. Arrivées dans la zone de bombardement, elles lâchaient leurs bombes sur l’armée ennemie.

Le bruit du vent contre les ailes de leurs avions en bois était semblable à celui de balais volants. C’est ainsi qu’elles furent surnommées « die Nachthexen ».

Se préparer avec des « reliques »

En plus de harcèlement de la part de certains hommes et du scepticisme d’autres, les femmes du 588e régiment de bombardiers de nuit doivent faire face à d’autres soucis : du matériel vétuste voire inadapté. Elles reçoivent des uniformes d’hommes, des bottes surdimensionnées qu’elles doivent fourrer avec leur literie pour pouvoir les porter.

En ce qui concerne leurs avions, ce ne fut pas mieux. Effectivement, l’armée russe ne pouvait leur fournir que des biplans Polikarpov Po-2 complètement vétustes qui dataient des années 20. Ces avions, généralement utilisés pour former les pilotes, n’étaient pas du tout faits pour le combat. Faits de bois contreplaqué et d’une simple toile, ils n’offraient aucune protection contre les éléments. Et durant les nuits glaciales des hivers soviétiques, les Night Witches ont très vite souffert d’engelures. Il arrivait qu’elles reviennent avec des avions criblés de balles, ou que leur avion de bois brûle en plein vol.

Polikarpov Po-2 : un exemple d’avion que les Night Witches utilisaient.
jxandreani / Wikipédia

Et en raison de la faible capacité de charge des Po-2 et des fonds limités de l’armée à cette période, elles n’avaient ni parachute, ni radar, ni fusil, ni radio. Exclusivement des outils rudimentaires : règles, compas, carte, crayons et lampes de poche. Cependant, il y avait quelques avantages à voler en Po-2, elles pouvaient manœuvrer plus rapidement, décoller et atterrir de presque n’importe quel endroit. Ce qui leur donnait un avantage, malgré les deux uniques bombes qu’elles pouvaient transporter et le fait qu’elles n’aient aucun moyen de défense. En effet, les Po-2 ne possédaient pas de mitraillette ou autre système de défense.

Un régiment de tous les records

Certes, le 588e régiment de bombardiers de nuit est l’un des rares régiments exclusivement féminin de la Seconde Guerre mondiale, mais ce n’est pas seulement pour cela qu’il est connu. En effet, ce qui est le plus impressionnant, c’est le nombre de missions effectuées par ces femmes. Elles effectuaient entre 8 et 18 missions par nuit. Certaines faisaient même 50 missions par semaine. 261 femmes pour près de 30 000 missions en seulement 4 ans. Et seulement 32 sont décédées.

C’est ainsi qu’une des femmes du 588e régiment de bombardiers de nuit, Nadezhda Popova, devint une des plus célèbres. Alors que les forces de l’Axe commencaient à se retirer, l’unité de Popova les a suivies à travers la Biélorussie et la Pologne, avant de pénétrer en Allemagne, exécutant 18 missions en une seule nuit.

Nadezhda Popova avait seulement 15 ans quand elle a commencé à piloter. A 18 ans, elle était déjà instructrice de vol. Et elle s’est portée volontaire peu de temps après la mort de son frère au combat, au début de la guerre. Et les nazis regrettèrent bien vite de s’être faits les ennemis de Nadezhda Popova. Avec 852 sorties à son actif en 4 ans, Nadezhda Popova était une héroïne de la Seconde Guerre mondiale. Parmi toutes les médailles qu’elle a reçues, l’Union soviétique lui décerne celles de l’Ordre de Lénine et des Héros de l’Union soviétique. Elle mourut en juillet 2013.

Irina Sebrova est une autre femme qui a marqué d’un record les Night Witches. Elle effectuera exactement 1 008 missions durant son affectation au 588e régiment. Après la 825e, elle fut nommée Héros de l’Union soviétique. Elle décéda en 2000.

Dissolution et célébration

Le 4 mai 1945, les Night Witches firent leur dernier vol. Puis l’Allemagne se rendit officiellement. Elles reçurent pratiquement toutes la médaille des Héros de l’Union soviétique.

Elles restent à jamais des héroïnes de l’armée soviétique, et sont connues et reconnues encore aujourd’hui pour leurs faits d’armes. De nombreux livres et films – et même une chanson du groupe de power métal suédois, Sabaton – leur rendent hommage, comme ce court-métrage d’animation réalisé en 2017 par Arina Korczynski.

Court-métrage d’animation réalisé en hommage aux Night Witches.
© Gobelins – Arina KORCZYNSKI / YouTube

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