Avec la sécheresse, le niveau des nappes françaises est au plus bas

La plupart des nappes phréatiques françaises manquent d’eau. D’après l’organisme dédié à leur surveillance, la BRGM, 70 % d’entre elles sont concernées. Un effet imputable avant tout à la conjoncture météorologique. Avec le réchauffement climatique, ces épisodes de sécheresses sont appelés à se multiplier.

Un cycle de l’eau perturbé

Les ressources d’eau souterraine sont primordiales pour le pays. Estimées à 100 milliards de mètres cubes au total, elles constituent l’essentiel des ressources en eau potable consommées par le pays. Ainsi, chaque année, 30 milliards de mètres cube d’eau y sont prélevés pour subvenir à la consommation humaine. En effet, l’irrigation ou différents processus industriels (les centrales consommant énormément d’eau par rapport aux secteurs) peuvent s’appuyer sur de l’eau dite de surface (cours d’eaux, lacs, etc). La question de leur régénération est donc centrale. D’autant que la masse prélevée correspond à environ un quart des réserves disponibles.

Le remplissage des nappes phréatiques non-fossiles (c’est-à-dire aptes à se régénérer) à lieu de l’automne au printemps. C’est ce qu’on nomme la recharge hivernale. Les nappes sont alimentées par l’eau de pluie. La question météorologique est donc ici centrale. Dans son rapport, le Bureau des recherches géologiques et minières tire la sonnette d’alarme : les deux tiers des nappes sont dans une situation difficile, avec des niveaux modérément bas ou bas par rapport au tau de remplissage habituel. Par chance, aucune n’atteint le plus niveau « très bas », le pire dans la catégorisation retenue. Rappelons tout de même que l’orientation du niveau de l’eau est à la baisse, et que nous ne sommes qu’au début de l’été.

Comme le précise le rapport, l’hiver sec est le premier responsable du manque d’eau actuel. Les précipitations ont tardé jusqu’en février. Et les pluies de printemps n’ont pas pu compenser cette absence. En effet, la végétation capte alors une grande partie de l’eau, au détriment des nappes souterraines. Au mois de mai, la France a certes été traversée par d’importantes masses orageuses, mais de nombreuses régions du pourtour méditerranéen et du nord ont été épargnées. Enfin le mois de juin, caniculaire, a mis fin à tout espoir de régénération tardive.

Maïs desséché, Californie 2013

Une situation difficile pour les agriculteurs

Les nappes en déficit d’eau sont donc situées principalement dans ces régions, à l’exception de la région niçoise et de la Corse. À l’inverse, la situation du bassin parisien ou de la Bourgogne ne pose pas de problème. Les nappes manquant le plus d’eau sont situées dans le grand ouest, en Champagne et en Lorraine. Il faut savoir que toutes les régions n’ont pas le même besoin en eau.

Ainsi, c’est dans les régions agricoles que le besoin en haut est le plus fort. C’est notamment le cas dans les régions productrices de blé du nord du pays. Ici, les agriculteurs ont fait part de leur préoccupation dès avril. Lorsque les sols sont secs et les cours d’eau au plus bas, la pression sur les réserves souterraines se fait plus forte : pour ne pas vivre une seconde année catastrophe consécutive, il faut massivement irriguer.

Dans l’Oise, la préfecture a donc pris des mesures d’urgence en plaçant des zones en état d’alerte. Il y est interdit d’arroser pelouses, golfes ou jardins dans la journée, de prélever de l’eau dans les cours d’eau pour l’usage domestique… Le but étant naturellement de limiter les gâchis pour tenir jusqu’aux récoltes.

Situation des nappes phréatiques au 1er juin 2017

L’eau, un enjeu de plus en plus central

La situation n’est pas critique pour autant. La pénurie doit être nuancée, par rapport à des épisodes de sécheresses terribles, comme en 2004 par exemple. Pour autant, difficile d’ignorer le fait que les épisodes les plus secs jamais enregistrés en France aient tous eu lieu depuis 2003. Leur récurrence doit donc nous alerter sur la situation, dans le pays mais aussi à l’échelle mondiale.

Deux phénomènes doivent nous alerter. La surconsommation d’une part, c’est-à-dire la part d’eau prélevée. Une partie de celle-ci est retirée du cycle de l’eau et ne revient jamais en milieu aquatique, même via l’évaporation. Le modèle d’agriculture développé depuis bientôt un siècle, qui comprend notamment l’irrigation massive de cultures de céréale, en est le premier responsable. La baisse est continue sur tous les continents et particulièrement dans les grandes zones de production à l’échelle mondiale (Chine, États-Unis, Inde), prévenait déjà un scientifique américain il y a près de 20 ans.

En outre, l’usage de produits chimiques pollue ces réserves que la nature a mis des centaines de millions d’années à stocker. Pesticides, engrais, produits phytosanitaires de toute sorte… En France, près d’un tiers des aquifères sont dans un état dit « chimiquement médiocre ». Ce manque d’eau n’est d’ailleurs pas sans conséquences économiques et même géopolitiques. Les ressources du Nil sont ainsi convoitées par les pays riverains (Égypte, Éthiopie, Soudan…) et aggravent les risques de conflits. À l’inverse, la situation dramatique dans laquelle se trouvent des pays comme l’Irak ou la Syrie a permis à la Turquie de s’accaparer les précieuses ressources d’eau de l’Euphrate en construisant des barrages en amont. Tant et si bien que certains analystes considèrent ce précieux « or bleu » pourrait bien être l’équivalent de l' »or noir » (c’est-à-dire le pétrole) au siècle passé.

Le barrage Ataturk sur l’Euphrate côté turque. Un défi pour les pays situés en aval du fleuve.

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