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L’impact du logement sur la santé a longtemps été étudié, mais une nouvelle recherche de l’université d’Adélaïde jette un éclairage novateur sur cette relation. L’étude, publiée dans le Journal of Epidemiology & Community Health, suggère que la location d’un logement privé pourrait accélérer le vieillissement biologique des cellules, un facteur de risque pour plusieurs maladies. 

Le vieillissement biologique : un marqueur de la santé

Le vieillissement biologique est défini par l’âge réel des cellules, indépendamment de l’âge chronologique. Ce type de vieillissement est mesuré par l’accumulation de dommages cellulaires et est considéré comme un important facteur de risque pour une multitude de maladies. Ainsi, comprendre les déterminants sociaux qui influencent ce vieillissement pourrait avoir des implications majeures pour la santé publique.

Pour comprendre ces relations, les scientifiques ont croisé des données sociales avec des informations épigénétiques, obtenues par l’analyse de la méthylation de l’ADN. Ils se sont donc appuyés sur l’épigénétique, un domaine qui étudie comment l’environnement et les comportements peuvent induire des changements dans l’expression des gènes sans altérer la séquence d’ADN. L’équipe de chercheurs a compilé les données de 1 420 participants provenant de deux études longitudinales menées au Royaume-Uni. 

Ils ont croisé ces données avec des informations épigénétiques issues de prélèvements sanguins. Les facteurs pris en compte étaient variés : type d’habitat, situation financière, niveau d’éducation, mais aussi facteurs psychosociaux comme le coût du logement ou le niveau de surpeuplement. Après avoir ajusté ces données pour d’autres variables potentiellement influentes telles que l’âge, le sexe et le niveau socio-économique, les chercheurs ont pu isoler l’effet du type de logement sur l’âge biologique.

Des résultats marquants 

De manière surprenante, les données montrent que les locataires de logements privés subissent un vieillissement biologique plus rapide que ceux qui sont propriétaires de leur logement sans hypothèque. Cette accélération était près de deux fois plus importante que celle associée au chômage et 50 % plus rapide que celle liée à l’ancienne consommation de tabac.

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles : les chercheurs ont constaté que ceux qui vivaient dans des logements sociaux à faible coût ne présentaient pas de différences significatives en matière de vieillissement biologique par rapport aux propriétaires. Cela remet en question la stigmatisation souvent associée à ce type de logement.

Des facteurs historiques tels que des retards de paiement de loyer ou des conditions de logement insalubres étaient également associés à un vieillissement cellulaire accéléré. Cela suggère que des expériences répétées de stress financier lié au logement pourraient avoir un impact sur l’âge biologique.

Une possibilité de réversibilité

Ces résultats, bien que préliminaires, suggèrent que des changements dans les politiques de logement pourraient avoir un impact direct sur la santé publique. Les chercheurs soulignent que la méthylation de l’ADN, un indicateur du vieillissement cellulaire, est réversible. Ce qui indique que des améliorations dans les conditions de logement pourraient potentiellement inverser ou atténuer les effets néfastes sur la santé.

« Une meilleure réglementation des coûts de logement et des protections contre les augmentations pourraient protéger les personnes contre les retards de paiement du loyer et leurs conséquences sur la santé », indiquent les chercheurs. Il convient de noter que l’étude est de nature observationnelle et que les données épigénétiques provenaient uniquement de participants blancs et européens. Malgré ces limites, les chercheurs estiment que leurs conclusions ont des implications significatives, surtout dans les pays ayant des politiques de logement similaires.

L’étude soulève des questions cruciales sur l’impact du type de logement sur la santé, particulièrement en ce qui concerne le vieillissement biologique. Alors que les politiques de logement continuent d’évoluer, ces découvertes pourraient servir de levier pour des interventions de santé plus ciblées et efficaces.

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