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Les chiens ne mémorisent pas seulement des mots : ils comprennent aussi l’usage de leurs jouets

Et si certains chiens faisaient bien plus que retenir des noms amusants ? Une étude menée à Budapest montre que quelques champions du vocabulaire canin peuvent aussi comprendre l’usage d’un jouet inconnu. Une découverte fascinante, entre science du langage, mémoire et intelligence animale.

Border collie observant attentivement plusieurs jouets colorés posés sur un tapis dans un salon lumineux, près de sa maîtresse.
Certains chiens capables d’apprendre le nom de nombreux jouets peuvent aussi associer de nouveaux objets à leur fonction – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Sept chiens hors norme ont permis d’observer une forme rare de compréhension verbale

Depuis plusieurs années, les chercheurs de l’Université Eötvös Loránd suivent un petit groupe de chiens capables d’apprendre le nom de dizaines de jouets. Ces animaux, appelés Gifted Word Learner dogs, ne représentent pas la norme canine. Mais ils offrent un terrain d’étude rare pour observer jusqu’où peut aller la cognition d’un compagnon domestique.

En 2025, l’équipe de Claudia Fugazza a franchi un cap intrigant. Sept chiens ont été exposés à de nouveaux jouets au fil d’une semaine de jeu avec leurs propriétaires, sans protocole scolaire ni répétitions mécaniques. L’idée semblait simple. Vérifier s’ils mémorisaient des objets. Le résultat, lui, s’est révélé beaucoup plus déstabilisant.

Les chiens n’ont pas seulement retenu des associations entre un mot et un objet. Ils ont montré qu’ils pouvaient étendre une étiquette verbale à un jouet jamais vu auparavant, non parce qu’il se ressemblait, mais parce qu’il servait au même type d’action. Pour la cognition animale, la nuance est énorme.

Les chiens testés ont relié des objets inconnus à leur usage plutôt qu’à leur forme

Chez l’enfant, ce mécanisme existe très tôt. Une tasse reste une tasse, qu’elle soit en plastique, en verre ou en céramique. Ce qui compte, c’est l’usage partagé. Voir un chien s’approcher d’un raisonnement comparable change la scène habituelle. Il ne s’agit plus seulement d’obéissance, mais d’une forme de catégorisation.

Dans l’étude publiée par Current Biology, les chiens testés devaient distinguer des jouets liés à deux usages précis, comme tirer ou rapporter. Même lorsque les objets différaient fortement par la forme, la texture ou la couleur, les choix corrects dépassaient le niveau du hasard. Autrement dit, l’apparence ne guidait pas tout.

C’est ce point qui intrigue le plus les chercheurs. Un chien peut donc construire une sorte de pont mental entre des objets éloignés visuellement, à partir d’une fonction commune. Ce n’est pas encore du langage au sens humain, bien sûr, mais ce n’est plus une simple mémoire de perroquet à quatre pattes.

Vue, odorat et mémoire sensorielle éclairent la façon dont les chiens classent un jouet

Cette performance ne repose pas uniquement sur le vocabulaire. Des travaux antérieurs montrent que les chiens peuvent être influencés par un biais spatial. Beaucoup repèrent d’abord une position dans l’espace avant de s’attacher à l’objet lui-même. Les individus dotés d’une meilleure acuité visuelle semblent toutefois moins enfermés dans ce réflexe.

La vision n’est pourtant qu’une pièce du puzzle. Le chien compose aussi avec l’odorat, la texture et l’expérience de jeu accumulée. Les chercheurs décrivent une mémoire multisensorielle, capable d’assembler plusieurs indices à la fois. C’est peut-être cette intelligence sensorielle qui permet, face à un jouet inconnu, de reconnaître d’un seul coup ce qu’il est possible d’en faire.

Le jeu quotidien avec l’humain suffit parfois à faire émerger un apprentissage abstrait

C’est sans doute la dimension la plus séduisante de cette découverte. Les chiens n’ont pas été formés comme des animaux de laboratoire. Ils ont appris dans un cadre familier, au contact de leurs humains, lors de séances de jeu ordinaires. Cette apprentissage spontané rapproche fortement l’expérience de la vie quotidienne.

Le chiffre frappe d’autant plus que seuls sept chiens ont été testés, ce qui impose de rester prudent. Mais la portée du résultat dépasse ce petit effectif. Il suggère que certains chiens forment des concepts pratiques à travers l’interaction sociale, comme si le jeu devenait un laboratoire discret de compréhension du monde.

Cette piste intéresse déjà la recherche appliquée. Mieux comprendre comment un chien généralise une fonction pourrait influencer l’éducation canine, l’assistance ou même certaines missions de recherche. Et derrière cette montagne de peluches nommées, une question persiste. Combien d’animaux comprennent davantage qu’on ne le croit, simplement parce qu’on ne leur pose jamais les bonnes questions ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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