La lave de l’Etna ne vient pas seulement d’un volcan très actif. Une étude publiée dans JGR Solid Earth décrit un conduit alimenté par une réserve située vers 80 kilomètres de profondeur, ce qui oblige les géologues à revoir le rôle des plaques sous la Sicile.

Un volcan célèbre, mais mal rangé dans les catégories classiques
Le volcan sicilien domine la Méditerranée avec ses 3 403 mètres, la hauteur d’une dizaine de tours Eiffel empilées. L’UNESCO le décrit comme le stratovolcan le plus actif du monde, avec au moins 2 700 ans d’activité documentée. Ce suivi long en fait un laboratoire naturel très surveillé.
Les modèles habituels classent les volcans selon trois cadres : dorsales océaniques, points chauds et zones de subduction. L’Etna se place près d’une subduction, quand une plaque plonge sous une autre, mais sa lave ressemble parfois à celle d’un point chaud. Ce décalage rend son origine moins simple qu’une carte tectonique.
Une lave qui ne suit pas le scénario attendu
Les chercheurs de l’Université de Lausanne ont comparé la chimie des laves émises par le volcan. Sébastien Pilet, maître d’enseignement et de recherche, confirme que l’Etna commence avec de faibles volumes riches en silice, puis adopte des laves plus alcalines. Cette inversion change la lecture du réservoir.
Une lave alcaline contient davantage de sodium et de potassium, deux éléments qui signalent souvent une faible fusion du manteau. En principe, ce type de magma sort en petites quantités. À l’Etna, les volumes deviennent importants, comme si un robinet profond restait ouvert plus longtemps que prévu.
La comparaison avec les volcans de point chaud reste donc partielle. Hawaï reçoit un panache profond bien identifié, tandis que la Sicile ne montre pas un tel moteur sous la croûte. L’anomalie chimique impose une autre piste, plus liée à la mécanique des plaques qu’à une source isolée.
Un conduit profond relie l’Etna à une couche discrète du manteau
L’étude situe la source vers 80 kilomètres sous la surface, dans une zone de faible vitesse, c’est-à-dire une couche où les ondes sismiques ralentissent. Ce ralentissement signale de petites fractions de roche fondue. Cette réserve diffuse existe ailleurs, mais elle atteint rarement la surface.
Sous la Sicile, la plaque qui plonge ne glisse pas comme un tapis régulier. Elle se bloque, se plie et déforme la lithosphère, la croûte associée au haut manteau. Ces plis ouvrent des chemins verticaux, comparables à des fissures dans une canalisation sous pression.
Ce que ce mécanisme change pour comprendre les volcans
Le scénario rapproche l’Etna du volcanisme petit-spot, des petits volcans sous-marins créés quand une plaque se plie et laisse remonter du magma. La différence tient à l’échelle : les monts sous-marins mesurent souvent quelques centaines de mètres, tandis que l’Etna dépasse 3 kilomètres. Le même principe prend ici une dimension continentale.
La première lave aurait réagi avec la croûte africaine, riche en silice, avant d’atteindre la surface. Une fois le passage mieux établi, le conduit aurait laissé monter un magma plus direct, plus alcalin. Ce changement transforme le volcan en traceur visible d’une tuyauterie profonde.
La découverte ne signifie pas que tous les volcans doivent être reclassés. Elle indique plutôt que la lithosphère peut guider le magma avec plus de force que prévu. Pour les chercheurs, l’Etna devient un cas test : un volcan familier révèle un mécanisme que les cartes classiques ne montraient pas.