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Il y a 10 millions d’années, des baleines miniatures nageaient dans le plus grand lac de l’histoire de la Terre

Le Paratéthys

— © Dan.palcu / Wikimedia Commons

Si son nom ne l’indique pas, la mer Caspienne est actuellement le plus grand lac au monde. Affichant une superficie comparable à celle du Japon, elle aurait toutefois fait bien pâle figure à côté du Paratéthys, et sa faune fascinante.

Méga-lac préhistorique

On estime que cette étendue d’eau titanesque a commencé à se former il y a environ 12 millions d’années, lorsque les mouvements tectoniques ont conduit à l’émergence de nouveaux reliefs en Europe centrale et coupé la mer de Paratéthys de l’océan. À son apogée, deux millions d’années plus tard, ce « méga-lac » s’étendait des Alpes, à l’ouest, au Kazakhstan, à l’est.

Avec une superficie de 2,8 millions de kilomètres carrés, correspondant à celle de l’Argentine, le Paratéthys était plus vaste que la Méditerranée actuelle, mais relativement peu profond. Il aurait concentré plus de 1,77 million de kilomètres cubes d’eau, soit environ dix fois le volume cumulé des lacs d’eau douce actuels.

Cet environnement préhistorique abritait un éventail remarquable de créatures, aussi bien terrestres qu’aquatiques. Des éléphantidés (Deinotherium giganteum) évoluaient dans les zones marécageuses bordant le méga-lac, tandis que les ancêtres des moutons et des chèvres paissaient le long de ses rives. Ses eaux plus profondes accueillaient des mammifères aquatiques tels que des phoques, et, surtout, la plus petite espèce de baleine à fanons connue.

Aujourd’hui, les cétacés de la planète vivent dans des environnements marins et océaniques, à l’exception de différentes espèces de dauphins d’eau douce. Cetotherium riabinini évoluait dans des eaux saumâtres et se nourrissait probablement des boues riches en nutriments du méga-lac, ce qui la distingue encore un peu plus de ses parents modernes.

— © D Palcu / W. Krijgsman / Wikimedia Commons

La « mort » d’un géant

Au cours de ses millions d’années d’existence, le Paratéthys n’a pas été épargné par les bouleversements climatiques. La plus violente de ces phases, intervenue il y a entre 7,9 et 7,65 millions d’années, l’a vu perdre deux tiers de sa superficie et un tiers de son eau. À mesure que cette dernière s’évaporait, sa salinité a quasiment triplé.

Ces concentrations de sel proches de l’eau de mer ont sonné le glas de nombreuses formes de vie, permettant aux mollusques, crustacés, phoques et baleines de prospérer. On lie la petite taille de C. riabinini, inférieure d’environ un mètre à celle d’un grand dauphin actuel, à la diminution de la masse d’eau.

Environ un million d’années plus tard, entre 6,9 et 6,7 millions d’années, l’érosion a permis au méga-lac de se déverser progressivement dans la Méditerranée, sous la forme d’une gigantesque cascade.

Un phénomène qui n’est pas sans rappeler le déluge zancléen, il y a 5,3 millions d’années, lorsque les eaux de l’Atlantique ont réenvahi la Méditerranée via le détroit de Gibraltar.

Par Yann Contegat, le

Source: IFL Science

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