
Créatures marines à l’apparence assez inquiétante, les isopodes géants peuvent survivre des années sans s’alimenter. Une étude a récemment révélé les secrets de leur résilience.
Estomac géant
Comme leur nom le suggère, les isopodes géants des grands fonds peuvent évoluer à des profondeurs supérieures à 2000 mètres. Si les sources de nourriture se font rares dans ces environnements inhospitaliers, cela ne les empêche pas d’atteindre des tailles assez remarquables : jusqu’à 50 centimètres de long.
Des quantités évidentes de nutriments étant nécessaires pour soutenir cette croissance, des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences ont récemment mené une analyse multi-omique (examen des schémas génétiques, protéiques et des processus métaboliques d’un organisme) afin d’explorer leur biologie. L’équipe a ensuite réalisé une série de tests fonctionnels, pour déterminer si les adaptations initialement mises en évidence avaient réellement une incidence sur leur survie.
Il s’est avéré que les isopodes des grands fonds possédaient un estomac beaucoup plus grand que leurs homologues évoluant dans les eaux peu profondes ou les zones intertidales. Représentant environ deux tiers de leur volume corporel, il leur permet de se gaver quasiment jusqu’à éclater lorsqu’un festin providentiel, comme la carcasse d’un grand cétacé, atteint le fond de l’océan.
La nourriture est ensuite décomposée en une bouillie visqueuse, renfermant une quantité relativement faible de bactéries digestives appelées Firmicutes, mais une importante concentration de Chlamydiae, associées au métabolisme et au stockage des lipides. Une fois nos isopodes rassasiés, leur repas se transforme donc en source d’énergie à (très) long terme. Dans ce cas, plus de cinq ans.

Le rôle du gène ND 1
En introduisant le gène ND 1 dans le génome de poissons zèbres et de nématodes, l’équipe chinoise a confirmé qu’il jouait un rôle essentiel en ralentissant significativement l’activité métabolique et mitochondriale des isopodes des grands fonds.
À des températures moyennes, le ND1 stimulait le métabolisme, et augmentait par conséquent la dépense énergétique. Mais dès que celles-ci ont été abaissées pour correspondre à celles où évoluent les isopodes, son effet inhibiteur s’est manifesté, avec notamment un accroissement de la résistance à la privation alimentaire de 37 % chez le poisson zèbre.
« Ces travaux ont permis de percer le mystère de la tolérance spectaculaire à la famine chez les isopodes des grands fonds, et éclairent également l’équilibre particulier entre croissance et survie dans des environnements extrêmes », concluent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Cell.
L’an passé, des chercheurs avaient décrit un isopode géant « Dark Vador ».
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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