À 700 mètres sous le Pacifique repose un colosse japonais de 122 mètres, conçu pour lancer des avions contre des cibles lointaines. Capturé intact en 1945, le mystérieux I-400 fut pourtant torpillé par les Américains. Pourquoi détruire une machine aussi précieuse ?

Le sous-marin japonais transformé en porte-avions secret de frappe
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le I-400 entre en service et ne ressemble à aucun autre sous-marin. Avec ses 122 mètres de longueur, il compte parmi les plus grands bâtiments submersibles construits avant l’ère nucléaire. Son autonomie lui permet d’effectuer théoriquement une fois et demie le tour du monde sans ravitaillement.
Son véritable secret repose sur son pont. Les ingénieurs japonais installent un immense hangar cylindrique étanche capable d’abriter trois hydravions bombardiers Aichi M6A Seiran, ailes repliées. Une fois en surface, l’équipage assemble, arme puis catapulte ces appareils en quelques minutes. Le sous-marin devient alors une base aérienne mobile, presque invisible jusqu’au moment de l’attaque.
La marine impériale planifie des frappes contre des objectifs très éloignés du Japon. Plusieurs projets évoquent même le canal de Panama, avant que la stratégie militaire n’évolue. Finalement, le I-400 ne mène aucune mission offensive. Lorsque le Japon capitule en août 1945, les forces américaines récupèrent cette prouesse technologique intacte.
La décision américaine de détruire une prise de guerre technologique
L’US Navy inspecte le bâtiment en détail, puis le transfère à Pearl Harbor avec d’autres sous-marins japonais capturés. Ingénieurs et officiers analysent une architecture hors norme, notamment ce hangar intégré à une coque aux formes inhabituelles. À Washington, le I-400 représente à la fois un trésor technique et un risque diplomatique majeur.
L’Union soviétique réclame ensuite un accès aux navires capturés, conformément aux accords entre Alliés. Mais les tensions entre Moscou et Washington s’intensifient rapidement. Les États-Unis refusent de partager ces technologies sensibles, dans un contexte où émergent les premiers affrontements de la Guerre froide.
Le 4 juin 1946, l’US Navy lance l’opération de destruction. Le sous-marin USS Trumpetfish tire trois torpilles sur le I-400, utilisé comme cible au large d’Oahu. Le bâtiment sombre par l’arrière en quelques minutes. Les Américains détruisent ainsi une machine qu’ils avaient traversé le Pacifique pour étudier. Le secret reste protégé, mais l’épave disparaît dans les profondeurs.
La redécouverte du géant sous-marin lors d’une plongée en 2013
Pendant soixante-sept ans, personne ne localise précisément l’épave. En août 2013, les submersibles du Hawaii Undersea Research Laboratory explorent les fonds au sud-ouest d’Oahu. Le pilote Terry Kerby repère une structure massive dans l’obscurité. Le I-400 repose alors à plus de 700 mètres de profondeur, bien plus près des côtes que prévu.
Les équipes identifient rapidement le sous-marin grâce aux rampes, aux tubes lance-torpilles et aux équipements de pont. La NOAA et l’Université d’Hawaï financent l’expédition, mais les chercheurs attendent décembre pour annoncer la découverte, après consultation du département d’État et des autorités japonaises. Même sous l’eau, une épave militaire impose des précautions diplomatiques.
Les vestiges de l’épave révèlent la violence de son dernier combat
Les images montrent une coque fortement endommagée. Les torpilles et la descente ont arraché le hangar à avions, le kiosque et plusieurs structures supérieures. Pourtant, certains éléments restent identifiables. À cette profondeur, le temps ralentit, et les traces de 1946 semblent figées dans le paysage marin.
En 2015, une nouvelle expédition soutenue par la chaîne japonaise NHK retourne sur le site. Les chercheurs retrouvent le hangar manquant, ainsi que le kiosque et la cloche du sous-marin, ce qui confirme l’ampleur du programme Sen Toku. D’autres sous-marins japonais sabordés ont aussi été localisés autour d’Hawaï, rappelant que les grands fonds conservent des archives historiques fragiles.
Le I-400 n’a jamais accompli la mission pour laquelle ses ingénieurs l’avaient conçu. Pourtant, son concept annonce déjà une évolution majeure de la guerre navale : l’usage de sous-marins capables de projeter une puissance aérienne à très longue distance. Combien d’autres innovations oubliées reposent encore, silencieuses, sous le Pacifique ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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