Autodidacte, ce Guinéen a construit un micro-barrage pour apporter l’électricité à tout son village

Dans un petit village au sud de la Guinée, seules les lampes à piles éclairaient dans la nuit. L’absence d’électricité à Bolodou a poussé Ibrahima Tounkara, un professeur de mathématiques, à créer un micro-barrage hydroélectrique. Un génie.

 

La Guinée, l’un des pays avec le moins d’électricité

Avant de raconter le récit extraordinaire de ce professeur de mathématiques, revenons sur la situation de la Guinée. Ce petit pays de l’Ouest de l’Afrique, en frontière directe avec le Sénégal, est l’une des nations les moins électrifiées de la planète : seul un habitant sur quatre a accès à l’électricité selon les données de la Banque mondiale ! Le 13 septembre dernier, à Boké, un jeune homme a été tué par la police lors d’une manifestation. La cause de celle-ci ? Une demande pour être raccordé au réseau de distribution d’eau et d’électricité.

Le gouvernement guinéen a pourtant fait savoir qu’il avait l’intention de connecter 721 000 foyers à l’électricité d’ici 2020. Une belle ambition pour ce pays qui, malgré tout, dispose d’un potentiel hydroélectrique de 6 000 mégawatts. Aujourd’hui, seul 2 % de ce potentiel est exploité

Un projet qui part de rien

Pour Ibrahima Tounkara, l’électricité est un bien essentiel à un village. C’est avec cette idée en tête que ce professeur de mathématiques avait entamé les recherches pour installer des panneaux photovoltaïques un peu partout. Malheureusement pour lui, ce n’était pas suffisant pour installer durablement l’électricité à Bolodou. Il a donc eu l’idée d’un barrage hydroélectrique.

Ibrahima Tounkara a déclaré à France 24 : « Dans le village, on m’a d’abord pris pour un fou lorsque j’ai expliqué que je voulais construire un barrage hydroélectrique. […] J’ai toujours été sidéré que rien ne soit fait pour le développement de ces petits villages qui sont complètement coupés du monde ». Après avoir construit une petite cabine à rechargement de téléphones, qui fonctionne grâce au soleil, il a « acheté un smartphone pour avoir accès à Internet » et a commencé ses recherches quant aux barrages hydroélectriques.

Ibrahima Tounkara a repris le concept du barrage hydroélectrique

Et la lumière fut

Il ne connaissait rien aux barrages. Mais ce professeur de mathématiques a de la ressource. « J’ai fabriqué une petite turbine reliée par une poulie à une dynamo, qui transforme l’énergie mécanique en électricité ». Puis il a crée un micro-barrage pour faire fonctionner cette turbine. Il déclare encore une fois à France 24 : « A Bolodou, il y a de petites chutes d’eau qui ne sont pas du tout mises en valeur ».

Ibrahima Tounkara n’est pas seulement un génie : c’est aussi un débrouillard. Il a simplement « été aidé par un maçon du village » pour quelques menues tâches. Il faut également savoir que le Guinéen a investi ses propres fonds pour alimenter son village. il a déboursé pas moins de 50 millions de francs guinéens (l’équivalent de 4650 euros). Le barrage incroyable d’Ibrahima produit 9 kilowatts d’électricité ! Une quantité suffisante pour ce petit village qui ne compte que 94 foyers. 80 d’entre eux peuvent compter sur l’électricité fournie par le micro-barrage.

Une turbine de barrage, dont s’est inspiré Ibrahima pour son micro-barrage

Un business qui vaut la peine

M. Tounkara, loin d’être bête, met à disposition l’électricité fournie par le barrage pour seulement 2000 francs guinéens, soit 0,19 euros. Selon lui, c’est « beaucoup moins cher que d’acheter des piles pour allumer des torches électriques ou se procurer de l’essence pour les lampes à pétrole ». Avec l’argent récolté, il paie un jeune du village dont le job est d’entretenir le barrage. Un business rondement mené.

Cet exploit pourrait bien devenir un exemple. Ibrahima Tounkara, ce héros guinéen des temps modernes, fut acclamé par le village. Et pas que le sien : il a été contacté par d’autres cités environnantes pour recommencer ce travail. Et route pour l’électrification nationale ?


Il faut aimer la vie, même dans ses formes les moins attirantes

— Cousteau