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En France, 27 500 hectares de vignes ont été arrachés sans possibilité de replantation future

Arracher une vigne n’empêche pas, d’ordinaire, de la replanter plus tard. Depuis 2024, l’État finance une sortie sans retour. Des milliers d’hectares perdent pour toujours leur droit à la vigne, contre une prime versée aux exploitants qui renoncent.

Une vieille souche de vigne déracinée repose sur un sol nu, au milieu d’une parcelle viticole française récemment arrachée.
Une souche de vigne déracinée témoigne du recul du vignoble français. Des dizaines de milliers d’hectares quittent désormais définitivement le potentiel viticole, sans possibilité de replantation future. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

FranceAgriMer verse 4 000 euros par hectare aux vignerons qui renoncent à replanter pour toujours

Le dispositif porte un nom administratif : l’aide à la réduction définitive du potentiel viticole. Il est piloté par FranceAgriMer. Le principe reste simple. L’État verse une prime forfaitaire de 4 000 euros par hectare. En échange, le viticulteur s’engage à ne plus jamais planter de vigne sur la parcelle concernée.

Cette enveloppe provient des aides liées à la guerre en Ukraine. Il s’agit d’un levier budgétaire européen, mobilisé en dehors des circuits classiques de la politique agricole commune. Grâce à ce mécanisme, Paris a pu débloquer rapidement 120 millions d’euros. Aucune procédure habituelle de la PAC n’a donc freiné le versement des aides.

La contrepartie pèse lourd. Les exploitants perdent toute possibilité d’obtenir une autorisation de replantation. Ils abandonnent aussi leurs droits de plantation non utilisés, ceux qui expiraient en 2024 ou 2025. Enfin, ils renoncent à toute nouvelle autorisation pendant six campagnes, jusqu’en 2028-2029. La parcelle sort alors pour de bon du potentiel viticole français.

Plus de 5 400 dossiers déposés en 2024, un quart des viticulteurs concernés arrêtent totalement leur activité

Le succès a dépassé les attentes de FranceAgriMer. Au 13 novembre 2024, date limite de dépôt, l’organisme avait reçu 5 418 demandes pour 27 461 hectares. L’enveloppe visait 30 000 hectares maximum. La demande a frôlé ce plafond sans le dépasser. Un coefficient réducteur, qui aurait rogné les aides de chacun, a ainsi pu être évité.

Le profil des candidats interpelle. Parmi eux, environ 1 300 viticulteurs souhaitent arrêter totalement leur activité. Cela représente près d’un quart des demandeurs, pour 8 700 hectares concernés. Un chiffre qui dépasse le simple ajustement de production : c’est un vrai mouvement de sortie. Le plafond individuel restait fixé à 70 hectares par exploitation, conformément au cadre européen limitant chaque bénéficiaire à 280 000 euros.

Une surproduction persistante malgré la distillation de 4 millions d’hectolitres de vin en 2023

Ce plan ne sort pas de nulle part. La filière fait face à une surproduction structurelle. En 2023, un vaste programme de distillation avait pourtant permis de retirer plus de 4 millions d’hectolitres du marché. Cela équivaut à 10 % d’une vendange moyenne. Mais ce geste n’a pas suffi à rétablir l’équilibre.

Le déséquilibre tient à des causes plus anciennes. D’abord, la consommation de vin recule en France depuis des décennies. Ensuite, les exportations pâtissent de la concurrence internationale. L’inflation, elle, pèse sur le budget des ménages et freine encore la demande.

Le recul des surfaces ne date pas d’hier. Depuis 1994, le vignoble hexagonal perd du terrain chaque année. En trente ans, la France a abandonné l’équivalent de 150 000 hectares de vignes, une surface proche du département des Yvelines. Le plan 2024-2025 vient donc accélérer une tendance déjà bien installée.

Un second appel à projets lancé en 2026 confirme l’accélération du recul du vignoble français

Sur le terrain, le calendrier a dû s’adapter. FranceAgriMer a repoussé de sept semaines la date limite des travaux, en raison de conditions climatiques défavorables. Résultat, l’exécution a pris du retard. Le dispositif de 120 millions d’euros n’a finalement concerné que 25 500 hectares arrachés en 2025.

Un second appel à manifestation d’intérêt a suivi début 2026. FranceAgriMer a reçu 5 923 nouvelles demandes, pour 27 926 hectares. Parmi elles, 1 392 viticulteurs souhaitent arrêter totalement leur activité, sur 10 342 hectares. Au total, entre les deux vagues, plus de 55 000 hectares auront quitté le potentiel viticole français.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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