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De la psychanalyse à la psychologie clinique en passant par les thérapies systémiques et familiales, les thérapies cognitives et comportementales, sans oublier la pleine conscience… La divergence des courants thérapeutiques dans le domaine de la santé mentale tend à remettre en question la validité et l’efficacité de chacun. Dans le grand labyrinthe de l’analyse du cerveau, c’est le Dodo d’Alice au pays des merveilles qui nous propose une piste…

Une théorie qui tranche avec les courants de son époque, paradoxalement en les validant

En 1936, Saul Rosenzweig, psychologue américain, émet une thèse qui est perçue comme une provocation par de nombreux spécialistes de la profession, en affirmant que toutes les thérapies qui ont fait leurs preuves sur le plan empirique se valent. Il nomme ce phénomène « le verdict de l’oiseau Dodo » (aussi appelé « l’effet Dodo »), en se référant à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, où l’oiseau Dodo, qui doit délibérer sur les résultats d’une course entre d’autres personnages, les déclare tous vainqueurs. Selon Rosenzweig, les personnes « gagnent » à suivre une thérapie psychologique, quel que soit le cadre théorique dans lequel elle s’inscrit.

L’effet Dodo se confirme dans le cadre de certaines pathologies

En 1975, Lester Luborsky, éminent chercheur scientifique en psychothérapie, revient sur l’étude de l’effet Dodo, qui avait jusqu’alors été mis de côté. Son équipe et lui tentent alors d’identifier les facteurs d’efficacité de thérapies relevant de courants divergents.

Finalement, la mise en place de la relation entre le patient et le practicien, socle commun à toute démarche thérapeutique, s’est avérée selon eux un facteur suffisant d’amélioration de la santé mentale des patients. Or, cet élément étant commun à toutes les thérapies, il va bel et bien dans le sens d’une validation de l’effet Dodo. L’attitude persévérante du thérapeute vis-à-vis des chances d’amélioration du patient est également un élément sur lequel toutes les thérapies se rejoignent, et que les chercheurs dirigés par Luborsky ont éprouvé comme étant efficace.

Des pathologies où l’effet Dodo se révèle trop léger

Il est des troubles pour lesquels certaines thérapies font leurs preuves bien mieux que d’autres, ce qui discrédite en partie l’effet Dodo. Pour les troubles anxieux notamment, ce sont les méthodes spécifiques aux thérapies cognitives et comportementales (TCC) qui offrent le plus de résultats.

Selon un article scientifique publié en 2013 par l’équipe de Stig Poulsen, composée de psychanalystes de l’université de Copenhague, les TCC sont également nettement plus efficaces que la psychanalyse dans le traitement de troubles du comportement alimentaire, comme la boulimie.

Une question laissée ouverte

L’effet Dodo est également très peu présent pour certaines formes de dépression, de troubles obsessionnels, compulsifs ou addictifs. En parallèle, on ne peut nier qu’il joue un rôle non négligeable dans les pathologies non chroniques, c’est-à-dire celles qui surviennent des suites d’un événement ponctuel dans la vie du patient.

Aujourd’hui, de nouvelles études fleurissent pour trancher sur la question du verdict de l’oiseau Dodo. Ces recherches ne sont pas sans conséquence pour nous, patients potentiels, puisqu’elles peuvent avoir un rôle à jouer dans le remboursement de certaines thérapies, et influencent en tout cas les instances médicales quant aux traitements à recommander, sans parler du rôle crucial qu’occupe cette question dans l’enseignement de la psychologie, et donc dans la formation de nos futurs thérapeutes.

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