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Trop de temps devant les écrans pourrait transformer physiquement le cerveau des jeunes enfants

Un lien a été établi entre une exposition prolongée et des facultés cognitives et linguistiques réduites

Les effets physiologiques d’une exposition continue aux écrans ne sont pas tous connus, en particulier pour les enfants. Une nouvelle étude constate, chez les 3-5 ans, des liens entre des habitudes prononcées d’utilisation des écrans et une altération de leur substance blanche, un ensemble complexe de connexions cérébrales nécessaire dans le développement des fonctions linguistiques et cognitives de l’enfant. 

La substance blanche, nécessaire au développement de fonctions fondamentales

Une étude, publiée dans le JAMA Pediatrics du Journal of the American Medical Fondation le 4 novembre, présente un lien entre l’altération de l’intégrité de la substance blanche dans le cerveau et le temps passé sur les écrans (télévisions et tablettes, ordinateurs) chez les 3 à 5 ans. Le développement du cerveau, à cet âge, est particulièrement rapide et déterminant pour la personne en devenir. 

En un mot, la substance blanche est un réseau de fibres qui permet une bonne circulation des influx cérébraux à travers le cerveau. Son intégrité et sa bonne organisation permettent le développement des fonctions cognitives, celles du langage et de la lecture et de l’écriture. Et pour la première fois, l’étude trace un lien direct entre un excès de temps passé sur les écrans chez les enfants en très jeune âge et la quantité et la bonne organisation de cette structure blanche. 

L’exposition des enfants aux écrans en question

Quarante enfants de 3 à 5 ans ont passé un test visant à déterminer leurs facultés cognitives, tandis que les parents devaient répondre à un certain nombre de questions sur les rapports de l’enfant aux divers écrans. Celles-ci portaient notamment sur la fréquence d’utilisation, le contenu regardé, l’accompagnement ou la solitude pendant l’utilisation de l’enfant : ce qui a permis de déterminer un score, nommé ScreenQ , entre 0 et 26 plus élevé à mesure que les enfants s’éloignaient des recommandations de santé publique de l’American Association of Pediatrics. Par ailleurs, les enfants ont passé une IRM pour l’observation de leur structure cérébrale. 

À la tête de l’étude, John Hutton de l’hôpital pour enfants de Cincinnati explique qu’il existe un lien clair entre une utilisation prolongée des écrans et une réduction de l’intégrité de la structure blanche chez les enfants étudiés. Ce qui semble visible dans les résultats du test cognitif, montrant que les temps plus élevés d’utilisation d’écrans étaient associés à des capacités linguistiques et cognitives réduites, par exemple dans la dénomination rapide d’objets du quotidien. 

« C’est la première étude documentant des liens entre des temps d’écran élevés et des mesures de structure cérébrale et de capacités réduites », explique par ailleurs Hutton à CNN. « C’est important car c’est au cours des cinq premières années que le cerveau se développe le plus rapidement. À cette période, les cerveaux sont très plastiques et se nourrissent de tout ce qui les entourent, formant ces connexions solides qui durent toute la vie. »

— Steve Heap / Shutterstock.com

De nombreuses recherches restent à faire dans ce domaine

Les résultats ne peuvent être pris cependant comme un effet direct des écrans, mais sont davantage à prendre comme une indication, plutôt qu’un lien immédiat de cause à effet. Le mois dernier, une autre étude avançait l’exact contraire : « Aucune association n’a été observée entre le temps d’écran et la microstructure de la structure blanche. »

Comme l’indique l’étude, incitant à la prudence, cette observation est certes considérable pour son utilisation systématique d’IRM sur des dizaines d’enfants, mais la cohorte reste peu étendue. De plus, le résultat — ne prenant pas non plus en compte des facteurs psychosociaux — peuvent montrer une cause, non une conséquence d’une utilisation plus fréquente des écrans. C’est ce qu’explique Lauren Bray, chercheuse à l’université de Calgary, au MIT Technology Review : « Il n’est absolument pas certain que le temps d’écran cause des différences dans le développement du cerveau et il y a de nombreux facteurs pouvant expliquer l’association trouvée ici. »

Hutton préconise des études approfondies, afin de vraiment tirer au clair les mécanismes en jeu. En attendant, il recommande une absence totale d’écrans pour les moins de trois ans, ce qui permet aux enfants d’atteindre l’école maternelle « avec un ancrage solide dans le monde réel, où leur sens basique du lien humain avec les encadrants et les facultés précoces du langage ont été solidifiés ». Et ajoute : « Les enfants ne sont pas des adultes de taille réduite, et leurs besoins changent au fil de leur développement. » 

Par Victor Chevet, le

Source: MIT Technology Review

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