© 2021 Cavazzuti et al./ PlosOne

Depuis son développement au XIXe siècle, l’archéologie ne cesse de progresser. Les nouvelles technologies nous permettent d’obtenir des renseignements de plus en plus précis concernant les découvertes des archéologues, et il est par exemple possible de déterminer avec précision le dernier repas d’une personne décédée il y a des milliers d’années rien qu’en examinant son côlon.

De même, il devient de plus en plus facile pour les chercheurs de découvrir l’histoire, le parcours d’une personne quand bien même l’état de conservation de sa dépouille est médiocre. En effet, chercheurs et archéologues ont récemment découvert la sépulture d’une jeune femme et de ses jumeaux, et ont pu avec précision identifier certaines de ses caractéristiques, son âge et des éléments de son histoire malgré le fait que ses ossements aient été carbonisés après un rite de crémation.

Des fouilles très fructueuses, qui nous donnent un aperçu de la culture Vatya

C’est lors de fouilles rituelles de sauvetage avant la construction d’un nouveau supermarché qu’un cimetière vieux de 4 000 ans a été mis au jour. En plus de cette fameuse sépulture de femme dont nous vous parlions plus tôt, des artefacts (essentiellement des pots d’argile) et de nombreux autres restes humains ont également été retrouvés. Situé en Hongrie près de Szigetszentmiklós, à un demi-kilomètre de la rive du Danube, cet ancien cimetière est un véritable paradis pour les chercheurs en plus d’être immense trésor de données archéologiques puisqu’il est le représentant d’un peuple disparu depuis longtemps, connu sous le nom de Vatya.

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Malheureusement, nous ne savons que peu de choses sur les Vatya, si ce n’est qu’ils avaient construit des fortifications et qu’ils avaient des rites funéraires particuliers. En effet, lorsqu’une personne décédait, son corps était incinéré puis recueilli dans une urne qui était ensuite enterrée. Cela ne suffit donc qu’à nous donner un petit aperçu de la culture de ce peuple qui a pourtant vécu dans le bassin du Danube plus de 500 ans, à partir d’environ 2100 avant Jésus-Christ.

La découverte de ce cimetière vieux de 4 000 ans est fabuleuse. Les fouilles ont été très fructueuses et en tout, 525 sépultures ont été découvertes dans l’espace d’un demi-hectare seulement. Ces dépouilles sont essentiellement composées de fragments d’os, de cendres et d’objets funéraires en céramique ou en bronze. Par ailleurs, les archéologues en charge des fouilles ont pu prélever 41 échantillons sur 29 de ces sépultures, dont plus de la moitié sont des urnes funéraires. Ils ont par la suite analysé, réalisé des tests et pris des mesures de ces échantillons en laboratoire pour trouver l’identité de ces sépultures.

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Une tombe qui se démarque des autres

Au coeur de ce cimetière, la tombe 241 se distinguait particulièrement de toutes les autres. Beaucoup plus luxueuse, les spécialistes ont eu la chance d’y trouver des bijoux comme un anneau à cheveux en or et un anneau de cou en bronze, ainsi que deux épingles en os. Par ailleurs, la présence sur celle-ci d’un motif Vatya ancien et unique témoignerait du respect de la communauté pour la personne enterrée, signe encore que cette tombe se démarque des autres.

Mais ce n’est pas le plus étonnant. En effet, les fragments d’os trouvés dans l’urne n’appartiennent pas qu’à une seule personne, mais plutôt à trois personnes différentes : une femme d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années et ses deux jumeaux, des foetus d’environ 30 semaines. La tombe 241 se trouve être plus complète que les autres, qui ne contiennent usuellement qu’une partie du corps des défunts. Les spécialistes ont pu voir qu’un soin extraordinaire avait été apporté à la collecte de chaque petit fragment du bûcher funéraire avant la mise en terre.

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Comment les progrès technologiques permettent d’en savoir plus sur l’histoire de la défunte

Les progrès de la technologie sont tout simplement édifiants : il est incroyable qu’à ce jour, des ossements et artefacts carbonisés puissent nous en apprendre autant sur le peuple Vatya. Les progrès technologiques ont parfaitement servi l’analyse de cette sépulture, puisque les scientifiques, grâce aux différentes parties de son corps, même carbonisées, ont pu obtenir des renseignements sur le parcours et la « biographie » de cette jeune femme. En analysant ses isotopes, les spécialistes ont découvert des détails très précis sur sa vie.

À titre d’exemple, ses molaires et plus particulièrement la dentine de celles-ci ont permis de découvrir comment elle se nourrissait ou son âge. La partie conique de son fémur quant à elle, aurait conservé les traces de nutrition et de mouvement. Toutes ces analyses des fragments ont permis de montrer qu’il s’agissait d’une femme entre 20 et 30 ans, et qui avait migré en Hongrie entre ses 8 et 13 ans. Elle serait née en Moravie du Sud, aujourd’hui nommée la République tchèque.

Il n’était pas inhabituel à l’époque de s’intégrer dans d’autre communautés, et beaucoup de femmes se mariaient et vivaient leur âge adulte loin de leur lieu de naissance. La tombe de cette jeune femme étant très luxueuse, l’hypothèse la plus probable est qu’elle ait fait partie de l’élite de sa communauté de naissance puis se soit mariée dans les rangs supérieurs de la communauté Vatya. L’anneau de cou trouvé dans sa tombe rendrait hommage à son origine et son éducation primaire. Les deux épingles en os et son anneau à cheveux auraient été des cadeaux de bienvenue dans sa nouvelle maison.

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Il est également possible que les migrations de femmes n’aient pas été que liées à des mariages mais aient également répondu à des ambitions politiques : sont-elles venues de si loin pour créer des liens entre communautés ? Consolider des alliances politiques ? Quoi qu’il en soit, leur présence aurait probablement eu une influence sur le pouvoir et la politique.

Pour l’instant, la cause de la mort de cette jeune femme enceinte reste inconnue. Est-elle morte en couche suite à la naissance prématurée de ses enfants ? A-t-elle été assassinée ? Est-elle tombée malade ? C’est un secret qu’elle a emporté dans sa tombe…

Vous pouvez découvrir tout les détails de l’étude sur PlosOne.

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