Pour la première fois, un cerveau humain contrôle par la pensée le cerveau d’un rat

Des scientifiques chinois ont réussi à connecter un cerveau humain à celui d’un rats pour contrôler ses mouvements et le diriger à travers un labyrinthe. En 10 essais consécutifs avec six rats, ils ont atteint un taux de succès de 90 %. Leur objectif : contrôler à distance des rats par la pensée pour des opérations de recherche et de sauvetage dans des zones dangereuses. Néanmoins, ces impressionnantes expérimentations soulèvent des questions éthiques sur l’utilisation du contrôle mental sur une autre espèce…

 

CONTRÔLER LES MOUVEMENTS D’UN RAT PAR LA PENSÉE

Une équipe de chercheurs chinois de l’Université Zhejiang a réussi à connecter un cerveau humain à celui d’un rat pour en contrôler les mouvements. Publiée dans la revue Nature’s Scientific Reports, leur article décrit en détail leur système et l’interface cerveau-cerveau (BBI pour Brain to Brain Interface) qui relie le cerveau d’un humain à un ordinateur, qui en décode les signaux pour les envoyer dans le cerveau du rat afin de le stimuler et le forcer à produire les déplacements exigés.

Il s’agit d’une interface sans fil qui permet donc à un humain de contrôler à distance un rat « cyborg », auquel ont été implantées des électrodes dans deux sections du cerveau, pour l’orienter à travers un labyrinthe. Le rat est également équipé d’un petit sac à dos contenant le stimulateur, qui active les électrodes. Pour le premier test, le rat était contrôlé par un humain équipé d’un électroencéphalogramme (EEG), connecté à un ordinateur, pour mesurer les signaux de son cerveau et orienter l’animal dans un labyrinthe en forme d’astérisque à huit bras.

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ÉLECTROENCÉPHALOGRAMME ET CLIGNEMENT DES YEUX

L’avantage de cette méthode est évidemment qu’elle dispense les humains de s’implanter des électrodes directement dans le cerveau. Cependant, comme l’explique Angus McMorland, ingénieur biomédical à l’Université d’Auckland, « L’EEG mesure l’activité électrique dans le cerveau, à travers le crâne. L’EEG nous donne un signal rapide, mais comme le crâne et la peau ne sont pas très conducteurs et sont très épais, il ne donne pas un bon signal spatial du cerveau ».

Il compare même les signaux de l’EEG à la lecture d’un livre « à travers plusieurs couches de verre dépoli ». Une donnée dont l’humain doit tenir compte lorsqu’il guide le rat dans le labyrinthe. De plus, seuls les signaux « gauche » et « droite » peuvent être décodés dans notre cerveau. Alors, pour faire avancer le rat, les chercheurs ont ajouté un clignement des yeux de l’utilisateur en tant que commande.

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90 % DE RÉUSSITE POUR UN PARCOURS DE TROIS MINUTES

Avec cette technologie, les chercheurs sont parvenus à faire sortir leurs six rats cyborg du labyrinthe en trois minutes, avec un taux de réussite de 90 % sur plus de dix tests consécutifs. Il s’agit de l’interface cerveau-cerveau la plus complexe qui existe à ce jour. En effet, en 2013, un BBI permettait à un humain de contrôler les mouvements de la queue d’un rat.

En 2016, c’est un cafard cyborg qui répondait aux ordres d’un cerveau humain pour sortir d’une piste en forme de S, mais le succès était mitigé. Selon les chercheurs, cette technologie pourrait être utile dans les opérations de recherche et de sauvetage. C’est-à-dire envoyer des rats cyborgs dans des zones dangereuses, contrôlés par des êtres humains à distance et en sécurité. Selon l’ingénieur Angus McMorland, cela serait possible, mais ce ne serait pas la méthode la plus efficace.

« Pourraient-ils utiliser cette technologie pour diriger un rat portant un petit talkie-walkie et une caméra à travers un bâtiment effondré à la recherche de survivants ? Oui, cela semble fonctionner, mais une télécommande manuelle serait beaucoup plus fiable ». En attendant, la question qui se pose est bien sûr celle de l’éthique. Est-il moral d’utiliser le contrôle mental sur une autre espèce ? Sans parler des horreurs que vivent ces animaux en laboratoire. Évidemment, les chercheurs chinois précisent que leurs protocoles expérimentaux ont été approuvés par le comité d’éthique de l’Université Zhejiang.

Université Zhejiang

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