— Vadim Sadovski / Shutterstock.com

C’est une découverte pour le moins étonnante. Des chercheurs ont récemment déterminé que l’astéroïde massif vraisemblablement responsable de la disparition des dinosaures avait permis l’émergence de la forêt amazonienne.

« La forêt que nous voyons aujourd’hui est le produit d’un seul événement, survenu il y a 66 millions d’années »

Avant que l’astéroïde ne frappe la péninsule du Yucatàn, dans l’actuel Mexique, les forêts tropicales d’Amérique du Sud étaient composées d’une végétation bien différente de celle que l’on observe aujourd’hui, caractérisée par une abondance de plantes à fleurs. « Si vous reveniez la veille de la chute de l’astéroïde, la forêt aurait une canopée ouverte avec beaucoup de fougères, des conifères et des dinosaures », explique Carlos Jaramillo de l’Institut de recherche tropicale Smithsonian au Panama. « La forêt que nous voyons aujourd’hui est le produit d’un seul événement, survenu il y a 66 millions d’années. »

Pour parvenir à ces conclusions, présentées dans la revue Science, Jaramillo et ses collègues ont analysé des dizaines de milliers d’échantillons de pollen et de feuilles fossilisés trouvés dans la partie septentrionale de l’Amérique du Sud, datant de la fin du Crétacé et du début du Paléogène. Autrement dit : avant et après l’impact de l’astéroïde.

Il s’est avéré que la diversité végétale avait diminué de 45 % après la catastrophe, et que 6 millions d’années avaient été nécessaires pour qu’elle se rétablisse. L’analyse de morsures d’insectes sur des feuilles fossilisées a également mis en évidence une importante chute de leur diversité.

Des recherches publiées l’année dernière ont suggéré que les volcans auraient contribué à la réapparition des espèces après la disparition des dinosaures — AuntSpray / Shutterstock.com

Le visage des forêts tropicales d’Amérique du Sud a profondément changé, avec la disparition de la plupart des conifères et des fougères, au profit de plantes à fleurs appelées angiospermes, formant une épaisse canopée ne permettant qu’à une faible quantité de lumière d’atteindre le sol. « Je pense que la première leçon à tirer est l’imprévisibilité », estime Ellen Currano, de l’université du Wyoming. « Des perturbations de cette ampleur changent les règles de l’ensemble de l’écosystème. »

De profonds bouleversements

Plusieurs raisons permettraient d’expliquer ces changements profonds. L’impact a probablement tué la plupart des grands dinosaures herbivores qui piétinaient et mangeaient les étages inférieurs des forêts, tandis que les cendres en résultant ont pu servir d’engrais, créant un sol riche en nutriments qui a favorisé les angiospermes à croissance rapide par rapport aux autres plantes. Ce type de plantes semblaient également plus diversifiées sur le plan écologique avant l’impact, ce qui aurait permis à certaines d’entre elles de prospérer plus facilement par la suite.

« Comprendre comment cet événement majeur a façonné les forêts tropicales peut nous aider à mettre en perspective la façon dont ces hauts lieux de la biodiversité réagissent aujourd’hui à la déforestation et le temps qu’ils pourraient mettre à se rétablir », souligne Jaramillo.

Affaiblie par les activités humaines, la forêt amazonienne aggrave désormais le changement climatique — Rich Carey / Shutterstock.com

« À certains des endroits que nous avons étudiés, nous pouvions voir comment cette forêt ayant mis 66 millions d’années à se construire pouvait disparaître en un jour. Le taux de déforestation est stupéfiant », poursuit le chercheur. « Cette étude confirme qu’il faut beaucoup de temps pour que des forêts aussi diversifiées se reconstituent. Il n’est pas possible d’abattre des arbres en espérant qu’en replanter suffira à compenser la perte. »

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