Une nouvelle étude, suite aux forages des lieux de l’impact de l’astéroïde qui a précipité la disparition des dinosaures et marqué la transition entre les ères du Crétacée et du Cénozoïque il y a 66 millions d’années, permet d’en connaître plus sur ce qui a suivi ce choc gigantesque.

Un cataclysme sans pareil

En 2016, les premiers forages ont commencé sur les lieux avérés du cratère de Chicxulub, à moitié sur l’actuelle péninsule du Yucatan, à moitié sous les eaux du Golfe du Mexique. En pénétrant la Terre jusqu’à 1350 mètres sous la surface de la Terre, l’expédition 364 avait pour objectif de déterminer les paramètres de l’impact, la réaction de la Terre à cette percussion colossale, et les caractéristiques de l’astéroïde. En 2014, une étude antérieure portait les dimensions de l’astéroïde (que l’on peut même nommer comète, étant donné sa taille) entre 10,6 kilomètres et 80,9 kilomètres de diamètre. Ce qui constituait une masse entre 1 000 milliards et 460 000 milliards de tonnes. 

Une étude de l’université du Texas avait ensuite déterminé que l’impact était si puissant, que la surface de la Terre s’est comportée comme un liquide. Sean Gulick, géophysicien à la tête de l’étude et chercheur à l’Institut de géophysique de l’université du Texas, expliquait : « Les découvertes valident la théorie que des impacts violents d’astéroïdes peuvent mener la surface d’une planète à se comporter comme un fluide. » Ce qui contredit les anciennes théories selon lesquelles des impacts, fréquents sur d’autres planètes et lunes, déforment la surface en faisant fondre les roches autour de l’impact. 

L’étude dévoilait que l’astéroïde, dont l’impact avec la Terre avait la puissance de 100 millions de bombes atomiques, a ouvert un immense trou de 30 kilomètres de profondeur et de près de 200 kilomètres de largeur. Des roches, qui auparavant se trouvaient à 10 kilomètres de profondeur, se sont retrouvées projetées dans les airs (comme une goutte d’eau percutant la surface d’un liquide), pour former une couronne de roches autour de l’impact, le peak ring. En quelques instants, toute vie s’est retrouvée réduite en cendres sur un rayon d’au moins 1000 kilomètres. 

— MK photograp55 / Shutterstock.com

Des découvertes expliquant la mort de 75 % de la vie sur Terre, avant un rebond inespéré

Désormais, avec ces nouveaux résultats, la chronologie des événements apparaît plus claire. En quelques minutes, les roches retombaient pour former le peak ring, couvert d’une couche de 40 mètres de roches de l’impact. En une heure, l’océan engloutissait l’immense cratère, ajoutant d’autres roches aux dépôts entourant le cratère, ce qui provoqua des mélanges sédimentaires absolument uniques entre les strates géologiques qui habituellement ne se côtoient jamais. Une journée après, un tsunami provoqué par l’impact est parvenu au cratère, convoyant du charbon de bois, ce qui a permis de déterminer l’existence de nombreux incendies postérieurs à la projection de roches. 

L’élément le plus marquant de cette étude est l’absence de soufre dans les roches de l’impact. La région possède des sols naturellement riches en soufre, mais l’endroit précis de l’impact n’en montre que des concentrations réduites. Cette absence permettrait désormais d’expliquer les extinctions de masse qui ont suivi : en effet, le soufre dans la roche se serait évaporé au moment de l’impact, ce qui aurait provoqué un refroidissement climatique rapide.

Cet élément chimique très commun, quand il est mêlé à de l’eau dans dans la stratosphère, réfléchit la lumière du soleil et l’empêche d’atteindre la Terre. Plus récemment, en 1815, l’éruption d’un seul volcan avait provoqué une « année sans hiver » par la dispersion de soufre dans l’atmosphère, ce qui, pendant plusieurs mois, avait considérablement rafraîchi le climat mondial. 

Ce n’est donc pas tant l’impact qui a directement provoqué la mort des dinosaures et 75 % de la vie sur la planète, mais un rafraîchissement, induit par la poussière de l’impact coupant drastiquement la photosynthèse nécessaire à la vie — 325 milliards de tonnes de soufre auraient été relâchées dans l’atmosphère. Parallèlement, ces extinctions de masse ont laissé le champ libre aux mammifères, qui se développeront dans les 66 millions d’années suivantes. La vie, même à proximité de l’impact, a d’ailleurs repris ses droits relativement rapidement, comme le montrait cette étude de 2018.

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