Elle mesure 108 mètres de haut, pèse 36 000 tonnes et devait protéger le réacteur 4 pendant un siècle. Pourtant, moins de dix ans après son installation, un drone a endommagé l’immense arche. Comment protéger un désastre nucléaire pour plusieurs générations ?

L’arche de Tchernobyl a été construite loin du réacteur avant un incroyable voyage sur rails
Impossible d’assembler tranquillement une cathédrale d’acier juste au-dessus d’un réacteur éventré. Pour limiter l’exposition des ouvriers, les ingénieurs ont donc construit le nouveau confinement de Tchernobyl à distance, sur une zone assainie. Ainsi, ses dimensions donnent le vertige : 108 mètres de haut, 162 mètres de long et 257 mètres de portée.
En novembre 2016, le monstre a commencé son déplacement vers le réacteur numéro 4. Pour cela, un système de 224 vérins hydrauliques le poussait par mouvements de 60 centimètres. Après avoir parcouru 327 mètres, l’arche a atteint sa position définitive. La BERD présente encore l’ensemble comme l’une des plus grandes structures terrestres mobiles jamais construites.
Sous ses 36 000 tonnes d’acier, l’accident de 1986 reste loin d’être terminé
L’arche ne fait pas disparaître Tchernobyl. Au contraire, elle enferme les restes du réacteur détruit lors de l’explosion du 26 avril 1986, ainsi que le premier sarcophage soviétique construit dans l’urgence. Selon la BERD, l’ensemble abrite encore environ 200 tonnes de matières hautement radioactives, notamment issues du combustible fondu.
À l’époque, ce premier abri vieillissait dangereusement. En effet, les fissures, la corrosion et les infiltrations compliquaient déjà la situation. Le nouveau confinement devait donc remplir deux missions : limiter la dispersion des poussières contaminées et permettre aux équipes de démanteler progressivement l’ancien sarcophage grâce à des équipements télécommandés installés sous l’arche.
Par ailleurs, même l’air y obéit à une surveillance stricte. Un système de ventilation maintient une faible humidité afin de ralentir la corrosion de l’acier. Les cent années annoncées ne marquent donc pas la disparition de la radioactivité. Elles donnent surtout aux équipes le temps nécessaire pour mener des opérations que plusieurs générations devront poursuivre.
Le monde entier a payé 1,5 milliard d’euros pour acheter un siècle de sécurité
La construction de cette enveloppe métallique a coûté environ 1,5 milliard d’euros. De plus, le programme international de sécurisation du réacteur a dépassé les deux milliards. Quarante-cinq pays et institutions ont financé le confinement, sous la coordination de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, devenue un acteur majeur du chantier.
Cette mobilisation raconte une autre histoire de Tchernobyl. Trente ans après l’accident, le problème dépassait encore largement les frontières ukrainiennes. Ainsi, en juillet 2019, les autorités ont officiellement pris en charge le confinement, ses grues, ses systèmes de surveillance et ses installations techniques. Le chantier spectaculaire s’achevait, mais le travail nucléaire changeait simplement de forme.
Le 14 février 2025, toutefois, une frappe de drone a endommagé l’enveloppe du confinement. Les inspections ont révélé un trou traversant d’environ 15 mètres carrés, des dégâts sur le revêtement et des dommages touchant plusieurs équipements. Malgré l’incendie, les mesures disponibles n’ont montré aucune dégradation significative de la situation radiologique autour du site.
Une frappe de drone en 2025 a brutalement rappelé que même ce géant reste vulnérable
Le problème se joue surtout sur le temps long. En effet, la BERD a expliqué que l’impact avait affecté plusieurs systèmes essentiels au maintien de la durée de vie prévue. Les équipes ont donc lancé des travaux d’urgence, dont le coût pourrait dépasser 100 millions d’euros. En 2026, les partenaires internationaux ont aussi validé de nouvelles études et opérations préparatoires.
Désormais, l’objectif consiste à restaurer pleinement les fonctions de l’arche à l’horizon 2030. Ce calendrier change pourtant la manière de regarder ce monument. Les ingénieurs l’avaient conçu pour résister au froid, à la corrosion et aux phénomènes naturels extrêmes. Cependant, la guerre lui impose une menace qu’ils n’avaient pas placée au centre de leurs scénarios.
Même réparée, l’arche ne constitue qu’une parenthèse. Pendant son siècle de fonctionnement, les équipes devront démonter, trier, surveiller et sécuriser les matières qui reposent dessous. Tchernobyl se mesure désormais en générations : lorsque cette immense voûte arrivera à son tour en fin de vie, que faudra-t-il construire pour prendre la relève ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: tchernobyl, Radioactivité, catastrophe nucléaire
Catégories: Écologie, Actualités