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Sous l’Auxois, l’eau des écluses a fait avancer les péniches dans un tunnel de 3 333 m, grâce à une centrale de 1893

Au sommet du canal de Bourgogne, un tunnel sans chemin de halage interdisait la traction par chevaux. À partir de 1893, une petite centrale hydroélectrique alimentée par une écluse a fourni le courant d’un bateau tracteur accroché à une chaîne. Retour sur une boucle énergétique ingénieuse, née d’un canal qui devait franchir une ligne de partage des eaux.

Entrée en pierre d'un tunnel fluvial voûté au bout d'une tranchée boisée, avec un ancien bateau tracteur métallique relié à une ligne électrique sous la voûte et une chaîne sortant de l'eau
Long de 3 333 m, le souterrain de Pouilly-en-Auxois ne possède aucun chemin de halage. À partir de 1893, un toueur électrique alimenté par la chute d’une écluse y a remorqué les péniches. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Long de 3 333 m, le tunnel de Pouilly a été percé à partir de 32 puits et réceptionné en décembre 1832

Long d’environ 242 kilomètres, le canal de Bourgogne unit les bassins de la Seine et du Rhône. Il atteint son point culminant près de Pouilly-en-Auxois, en Côte-d’Or, vers 378 mètres d’altitude. Ici, les ingénieurs ont choisi de passer sous la colline.

Selon l’Inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté, l’ingénieur Charles Forey fixe le tracé dès 1823. Les travaux principaux sont adjugés en 1827, puis 32 puits verticaux permettent d’extraire les déblais à plusieurs endroits simultanément. Ensuite, l’ingénieur Philibert Lacordaire signe la réception définitive le 7 décembre 1832.

Cependant, l’ouvrage ne comporte aucune banquette de halage. Les chevaux ne peuvent donc pas y tirer les bateaux comme à l’air libre.

En 1867, un premier toueur à vapeur a imposé de surélever les puits de 3 mètres pour évacuer les fumées

Pour accélérer le passage, l’administration installe en 1867 un touage à vapeur. Le principe consiste à poser une chaîne au fond du chenal, puis à l’enrouler sur un treuil embarqué. Le bateau se tracte ainsi lui-même et remorque un convoi de péniches.

Henri Bazin, ingénieur des Ponts et Chaussées, décrit ce service dans les Annales des ponts et chaussées en 1868. Toutefois, une chaudière dans un boyau de trois kilomètres pose un problème évident de qualité de l’air. Les margelles des puits conservés sont alors rehaussées de 3 mètres pour favoriser le tirage.

Sur les 32 puits du chantier, seuls 18 avaient été gardés pour l’aération. Aujourd’hui, 14 subsistent, témoins de la lutte contre la fumée.

Dès 1893, la chute d’une écluse a fait tourner une turbine reliée au toueur par une ligne accrochée à la voûte

Au début des années 1890, l’ingénieur François Galliot conçoit un système entièrement électrique. Une usine hydroélectrique est construite en 1893 au pied de l’écluse 1 du versant Yonne. L’eau qui descend de l’écluse entraîne une turbine installée au sous-sol, couplée à un générateur.

Ensuite, le courant circule par des fils, d’abord aériens, puis fixés à la voûte du souterrain. Le toueur le capte grâce à une caténaire, comme un tramway. Ainsi, le canal produit lui-même l’énergie nécessaire pour franchir son propre sommet.

Une seconde usine aurait été installée côté Saône, près d’Escommes, selon des documents d’époque. Le petit bâtiment de Pouilly porte d’ailleurs la date de 1893 et une dynamo sculptée sur son pignon. Surtout, ses machines ont été conservées sur place.

Retiré dans les années 1980, le toueur repose depuis 2004 sous une halle en tubes de carton signée Shigeru Ban

Le touage électrique aurait fonctionné jusqu’en 1987, soit près d’un siècle de service. Après son retrait, l’engin devient un objet patrimonial qu’il faut abriter.

En août 2004, une halle est livrée sur une ancienne cale du port. Premier bâtiment français de Shigeru Ban, conçu avec Jean de Gastines, elle assemble des tubes de carton par des rotules en aluminium sur 30,50 mètres de portée.

De plus, son gabarit rappelle celui du tunnel voisin. L’ensemble raconte comment une chute d’eau modeste a résolu, sans charbon, un obstacle vieux de soixante ans.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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