Le 27 mai 1843, l’horloger écossais Alexander Bain obtient un brevet britannique qui décrit la transmission d’une image par fil télégraphique. Ce texte pose les bases du futur fax, sans pour autant produire une machine fiable. Retour sur une idée pionnière, longtemps freinée par un problème de synchronisation.

Né vers 1810 à Watten, dans le Caithness, Alexander Bain fait breveter une horloge électrique dès 1841
Alexander Bain voit le jour dans la paroisse de Watten, au nord de l’Écosse. Les registres paroissiaux mentionnent un baptême en novembre 1810, même si certaines biographies retiennent 1811. Fils d’agriculteur, il apprend l’horlogerie avant de rejoindre Édimbourg puis Londres.
Dans la capitale britannique, il se passionne pour l’électricité, encore cantonnée aux laboratoires. En janvier 1841, il obtient avec le chronométrier John Barwise un brevet pour une horloge électrique dont le balancier est entretenu par des impulsions électromagnétiques. Par la suite, Charles Wheatstone revendique une invention voisine, ce qui ouvre une longue querelle de paternité.
Le brevet britannique du 27 mai 1843 associe deux balanciers synchronisés pour reproduire un document à distance
Deux ans plus tard, Bain élargit son ambition. Le brevet accordé le 27 mai 1843 porte sur la production de courants électriques, les garde-temps et la télégraphie imprimante. Au cœur du dispositif, deux pendules oscillent en cadence aux deux extrémités d’une ligne.
Côté émetteur, un stylet parcourt un original composé de caractères métalliques en relief, bande après bande. Dès lors, chaque contact ferme le circuit et envoie une impulsion. Côté récepteur, une seconde pointe balaie au même rythme un papier imprégné chimiquement, qui noircit au passage du courant.
Ainsi, l’image se reconstitue ligne par ligne, selon le principe du balayage que reprendront le fax puis la télévision. Cependant, le moindre écart entre les deux balanciers déforme le résultat.
De Frederick Bakewell en 1848 au pantélégraphe de Caselli en 1865, d’autres inventeurs rendent l’idée exploitable
Bain ne parvient pas à fiabiliser sa machine. En revanche, il rencontre le succès avec un télégraphe chimique breveté en 1846, adopté notamment sur des lignes américaines. Pendant ce temps, le physicien anglais Frederick Bakewell s’attaque lui aussi à la copie d’images à distance.
En 1848, Bakewell remplace les pendules par des cylindres rotatifs synchronisés, un dispositif plus stable. Toutefois, l’étape commerciale revient à l’abbé italien Giovanni Caselli. Son pantélégraphe assure à partir de 1865 un service public entre Paris et Lyon, prolongé jusqu’à Marseille en 1867.
Dès lors, présenter Bain comme l’unique inventeur du fax reste réducteur. Il en a formulé le principe, mais d’autres l’ont transformé en service.
Mort en 1877 près de Glasgow, Bain n’a jamais vu le télécopieur conquérir puis quitter les bureaux
Malgré quelques indemnités obtenues contre des compagnies télégraphiques, l’inventeur s’appauvrit au fil des années. Il meurt le 2 janvier 1877 à Kirkintilloch, près de Glasgow, dans un établissement pour malades incurables. Le brevet du téléphone d’Alexander Graham Bell date de l’année précédente.
Plus d’un siècle après, le télécopieur envahit les entreprises, avant de céder la place au courriel. Au Royaume-Uni, le ministère de la Santé interdit en décembre 2018 l’achat de nouveaux appareils par le NHS anglais, avec un abandon programmé pour 2020. Selon le Royal College of Surgeons, environ 8 000 fax fonctionnaient encore dans les hôpitaux publics d’Angleterre.
En somme, le parcours de Bain illustre l’écart entre une intuition et un produit. Son pendule de 1843 a pourtant fixé une règle toujours valable, celle de découper une image en lignes pour mieux la transporter.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Étiquettes: Alexander Bain, Fax
Catégories: Histoire, Sciences physiques