Avant de devenir une station balnéaire réputée, Le Touquet n’était qu’une étendue de sable au sud de l’estuaire de la Canche. À partir de 1855, le notaire parisien Alphonse Daloz y fait semer une forêt de pins pour fixer les dunes. Retour sur un reboisement qui a précédé de près de trente ans la naissance de la station.

En 1837, le notaire Alphonse Daloz acquiert aux enchères 1 600 hectares de dunes sur la commune de Cucq
Au printemps 1837, l’État met en vente un vaste domaine sablonneux situé entre la Manche et la baie de Canche, dans le Pas-de-Calais. Alphonse Daloz, notaire à Paris, l’emporte en association avec un partenaire nommé Alyon. Le terrain relève alors de la commune de Cucq.
Pourtant, ces 1 600 hectares n’offrent qu’un sol pauvre, battu par le vent. Daloz essaie d’abord l’élevage, puis l’agriculture, sans résultat. Par ailleurs, les lapins de garenne pullulent et dévorent la moindre pousse.
À partir de 1855, la méthode landaise des oyats et des pins maritimes stabilise peu à peu le sable mobile
Dès 1855, Daloz change de cap et s’inspire des techniques éprouvées sur le littoral gascon. D’abord, des oyats sont plantés pour piéger le sable grâce à leurs racines. Ensuite viennent les semis de pin maritime, une essence robuste qui tolère la sécheresse et grandit vite.
L’entreprise exige de la persévérance, car les rongeurs ravagent régulièrement les jeunes plants. Ainsi, certaines parcelles doivent être ressemées à plusieurs reprises. Selon des travaux d’histoire locale, l’État aurait fourni plus de 40 tonnes de graines au fil des années.
Au total, environ 800 hectares sont boisés entre 1855 et 1882. De plus, aulnes et peupliers viennent diversifier les peuplements, tandis que la jeune forêt se transforme en terrain de chasse giboyeux.
En avril 1882, Daloz lotit une partie de sa forêt sous le nom de Paris-Plage, suggéré par Hippolyte de Villemessant
La chasse attire chez Daloz ses relations parisiennes, dont le patron de presse Hippolyte de Villemessant. Séduit par le décor, celui-ci aurait comparé le site à Arcachon et proposé le nom de Paris-Plage. Dès lors, l’idée d’une station destinée à la clientèle de la capitale prend forme.
En avril 1882, Daloz crée un premier lotissement sur la partie occidentale du domaine. Les premières villas et un hôtel sortent de terre la même année. Cependant, le fondateur ne profite guère de son œuvre, puisqu’il meurt à Nice en 1885.
Érigé en commune par la loi du 28 mars 1912, Le Touquet-Paris-Plage reste adossé à la forêt plantée par Daloz
Après la disparition du notaire, ses héritiers cèdent le domaine. Au début du XXe siècle, l’homme d’affaires britannique John Whitley et ses associés développent hôtels et équipements sportifs. Par conséquent, la station attire une clientèle aisée, en partie venue d’outre-Manche.
Le 28 mars 1912, une loi détache Paris-Plage de Cucq et l’érige en commune. Le nom du Touquet-Paris-Plage associe désormais le lieu-dit d’origine et la marque inventée trente ans plus tôt. Ainsi, la station gagne son autonomie administrative.
Aujourd’hui encore, les pins centenaires encadrent villas et avenues, dont le boulevard Daloz. En définitive, la ville balnéaire doit son existence à un pari forestier, car sans la fixation des dunes, aucun lotissement n’aurait pu tenir sur ce sable mouvant.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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