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Un canon vieux de 362 ans refait surface à Toulon et rouvre le dossier du naufrage que Louis XIV voulait oublier

Début juillet 2026, un canon de bronze frappé aux armes royales a quitté les fonds marins près de Toulon. Il y dormait depuis 362 ans. L’objet appartenait à La Lune, vaisseau amiral englouti en 1664 avec plus de 900 hommes, un désastre que Louis XIV aurait préféré effacer des mémoires.

Un canon en bronze du XVIIe siècle, couvert de concrétions marines, est remonté hors de la Méditerranée près de Toulon.
Un imposant canon en bronze attribué à La Lune est hissé hors des eaux au large de Toulon, plus de trois siècles après le naufrage du vaisseau de Louis XIV en 1664. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Comment un vaillant navire de Louis XIV s’est retrouvé à transporter presque mille hommes en une traversée

Mis à l’eau en 1641 à Indret, sous le règne de Louis XIII, La Lune n’a rien d’un simple transport de troupes. Le navire a d’abord prouvé sa valeur militaire. Il participe aux batailles d’Orbetello en 1646, de Castellammare en 1647, puis du Pertuis d’Antioche en 1652.

Tout bascule en 1664. Louis XIV veut alors en finir avec les razzias des corsaires barbaresques qui pillent le commerce en Méditerranée. Une vingtaine de vaisseaux quittent donc Toulon en juillet, direction Djidjelli, sur les côtes de l’Algérie actuelle. Mais face aux Berbères, soutenus par les Turcs, l’expédition tourne vite au fiasco.

Repliée en urgence, La Lune embarque dix compagnies du régiment de Picardie. Ce sont près de 800 soldats en plus de l’équipage, sur une coque de 43 mètres à peine. L’archéologue Michel L’Hour résume ainsi le retour : une catastrophe, avec des hommes épuisés et malades.

Le 6 novembre 1664, une tempête a englouti La Lune et son équipage en quelques secondes à peine

Le retour vers Toulon se déroule pourtant sans incident. Ce qui rend la suite plus cruelle encore. Le commandeur de Verdille se voit refuser l’entrée de la rade, car les navires suspectés de peste sont mis en quarantaine. Direction les îles d’Hyères, où les charpentiers royaux jugent malgré tout la coque apte à naviguer.

Le 6 novembre 1664, au petit matin, une violente tempête balaie les côtes provençales dès l’appareillage. La Lune se disloque aussitôt. Elle coule en quelques secondes, engloutissant plus de 900 marins et passagers. Les rares survivants décrivent un naufrage aussi rapide que brutal, celui-là même que Louis XIV aurait préféré voir oublié.

En 1993, un essai technique a mené par hasard à la découverte de l’épave presque intacte de La Lune

L’épave aurait pu rester engloutie indéfiniment. Le 15 mai 1993, tout change lors d’une plongée d’essai au large de la presqu’île de Giens. Paul-Henri Nargeolet repère alors, par 90 mètres de fond, une coque presque intacte, à bord du sous-marin Nautile de l’Ifremer.

Ce même plongeur deviendra plus tard l’un des plus grands spécialistes mondiaux du Titanic. Il disparaîtra en 2023, lors de l’implosion du submersible Titan. Deux épaves légendaires, un seul homme pour les révéler au monde entier.

Depuis 2012, plusieurs campagnes archéologiques dévoilent peu à peu la richesse du site. Céramiques décorées, vaisselle en verre, pièces d’artillerie, cloche, ancre : les objets s’accumulent. Les fouilles sont aujourd’hui codirigées par Olivia Hulot, du Drassm, et par Michel L’Hour, de l’Académie de marine.

En juillet 2026, plongeurs et robots ont réussi à faire remonter un canon resté 362 ans sous l’eau

Menée du 6 au 10 juillet 2026, la dernière campagne marque une étape décisive. Olivia Hulot l’explique : remonter le canon et une jarre figurait parmi les objectifs principaux. Seulement, les robots sous-marins n’ont ni la puissance ni l’amplitude requises. Les plongeurs experts du CEPHISMER ont donc pris le relais, épaulés par le Drassm.

Ce travail conjoint aboutit à un résultat marquant. Un imposant canon en bronze, orné des armes royales, a rejoint la surface 362 ans après le naufrage. Une jarre à eau presque intacte l’accompagne. L’objet repose désormais en atelier, où débute un long dessalement avant une future exposition au public.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Source: sciencepost.fr

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