
Selon de nouvelles recherches, les vastes structures enfouies près d’une pyramide égyptienne vieille de plus de quatre millénaires constitueraient les vestiges de l’un des premiers barrages d’envergure jamais bâti.
La Pyramide Rouge
Achevée durant le règne du pharaon Snéfrou (2613 à 2589 avant notre ère), la Pyramide Rouge est considérée comme la première véritable pyramide à faces lisses d’Égypte, antérieure de plusieurs décennies aux trois géantes construites sur le plateau de Gizeh.
En 1843, des archéologues avaient découvert deux structures colossales enfouies à une quarantaine de mètres seulement de cet édifice monumental. Si l’on supposait depuis le milieu du XXe siècle qu’il s’agissait de rampes de construction ou de voies d’accès permettant l’acheminement de blocs de calcaire massifs extraits de carrières proches, ces dernières années, un nombre croissant d’études ont contribué à remettre en question une telle hypothèse.
S’appuyant notamment sur l’imagerie satellite, la modélisation topographique et l’analyse des bassins versants de la vallée de Dahchour, Xavier Landreau et ses collègues en ont précisé les caractéristiques. Mesurant chacune 600 à 700 mètres de long, 15 à 30 mètres de large et 6 à 7 mètres de haut, elles étaient espacées d’environ 200 mètres. Leur emplacement stratégique, au pied d’une pente douce, laisse penser qu’il pourrait s’agir des vestiges d’un ancien et vaste barrage, structurellement bien différent de ses homologues modernes.
« Il aurait probablement s’agi de très larges remblais de terre, de marne et de pierres, éventuellement dotés d’un revêtement en pierre sur les surfaces exposées au courant », écrivent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue npj Heritage Science. « La preuve la plus solide se résume à leur configuration centrale en zigzag, qui aurait permis d’évacuer efficacement les eaux de crue. »

Une version améliorée du barrage de Sadd el-Kafara ?
D’après Sayed Hemeda, de l’université du Caire, ce système de retenue massif à deux niveaux aurait permis le stockage de millions de mètres cubes d’eau. « Cela appuie l’idée que les anciens Égyptiens l’auraient utilisée afin de faciliter le transport des blocs de pierre de plusieurs tonnes », estime-t-il.
Le règne de Snéfrou avait précédemment été associé à d’autres projets hydrauliques précoces, incluant le barrage de Sadd el-Kafara, construit dans la vallée de Garawi et détruit par une crue. Les structures proches de la Pyramide Rouge pourraient ainsi témoigner d’une évolution remarquablement rapide des techniques de gestion des eaux.
« Si elles venaient à être confirmées par des fouilles, de telles conclusions bouleverseraient profondément notre compréhension de la logistique de construction des pyramides sous la IVe dynastie », commente Hesham Hussein, du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.
Il y a quelques années, des archéologues avaient identifié des preuves de l’existence d’un ancien bras du Nil à proximité immédiate de Gizeh.