Une agriculture productive et rentable sans aucun produit phytosanitaire est désormais possible. C’est le bilan d’une vaste étude scientifique menée en France pendant une décennie. En se passant de toute chimie protectrice, les chercheurs bousculent les certitudes sur la rentabilité économique des exploitations.

L’Institut public valide la faisabilité technique et la rentabilité financière d’une agriculture zéro phyto
L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement a dirigé le projet expérimental nommé Rés0pest. Durant dix ans, des scientifiques ont banni les produits phytosanitaires sur neuf sites français. Cependant, cette méthode conserve l’usage d’engrais minéraux, ce qui la distingue de la filière biologique.
Les conclusions de cette étude confirment la faisabilité technique de cette rupture culturale. De plus, la viabilité financière est au rendez-vous pour les professionnels. Les systèmes testés permettent effectivement de dégager un revenu compris entre un et trois Smic par exploitant agricole.
Néanmoins, l’absence de protection chimique expose davantage les végétaux aux ravageurs. Les rendements s’avèrent donc plus variables selon les saisons et les territoires. Si le blé, la betterave et la pomme de terre s’épanouissent au nord de la Loire, le pois chiche a connu des difficultés en Occitanie.
Des rendements supérieurs à la moyenne nationale enregistrés au cœur des parcelles d’essais de la Somme
À Estrées-Mons, dans la Somme, la réussite commerciale se concrétise sur le terrain. Le responsable du site dédié aux grandes cultures prévoit une récolte imminente de 75 à 80 quintaux par hectare pour le blé. Cette performance locale dépasse la moyenne enregistrée en France pour l’année 2025.
Ce résultat s’obtient pourtant dans une région picarde humide, propice aux maladies végétales comme le mildiou ou la rouille jaune. L’exploitation s’appuie sur Géopolis, une variété de blé résistante développée par Agri Obtentions, une filiale de l’institut, mise sur le marché récemment.
La biodiversité et les barrières naturelles remplacent l’usage intensif des traitements chimiques
Pour remplacer les anciens traitements chimiques, les agronomes s’appuient sur des mécanismes naturels. Des bandes fleuries regroupant 22 espèces végétales distinctes entourent ainsi les champs de céréales. Ces espaces abritent des insectes prédateurs comme les syrphes, friands de pucerons nuisibles aux récoltes.
Par ailleurs, la faune sauvage joue pleinement son rôle protecteur grâce au retour des rapaces qui régulent les populations de campagnols. Cette transition biologique exige toutefois de surmonter la prolifération des mauvaises herbes, qui représente la principale difficulté technique rencontrée par les équipes.
De nouvelles pratiques de désherbage mécanique permettent de compenser la baisse des rendements
Afin de maîtriser la flore adventice sans aucun produit, les exploitants emploient de nouvelles techniques de gestion des sols. Ils combinent notamment l’allongement des rotations de cultures et le désherbage mécanique. Les équipes modifient également les calendriers habituels en introduisant un décalage des semis.
Certes, la production céréalière globale reste inférieure aux rendements de la filière conventionnelle, même si elle dépasse la filière biologique. Cependant, les agronomes estiment que cette baisse de volume est largement compensée par les services écosystémiques majeurs rendus à la nature.
L’évaluation globale de ce modèle agricole devrait idéalement intégrer ses effets vertueux sur la collectivité. La régénération durable de la biodiversité, l’amélioration de la santé humaine et la préservation des ressources en eau évitent des dépenses publiques massives de dépollution environnementale.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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