En juin 2026, les archéologues ont entièrement mis au jour une somptueuse mosaïque du IVe siècle à Eauze, dans le Gers. Ce chef-d’œuvre polychrome, enfoui sous la terre gasconne, témoigne du faste d’une ancienne capitale romaine oubliée et éclaire les mystères de la transition vers le Moyen Âge.

Un chef-d’œuvre de l’Antiquité romaine retrouve toutes ses couleurs d’origine dans le Gers
Les fouilles menées sur ce site antique majeur révèlent un sol richement décoré au cœur de la Domus de Cieutat. Des pierres calcaires et du marbre composent cette œuvre intacte associant le noir, le blanc, le rouge et le bleu. Ce tapis coloré conserve ainsi tout son éclat initial.
Le professeur Laurent Callegarin, qui enseigne à Pau, confirme la présence de cette pièce de réception prestigieuse. Durant le règne de Constantin, cette riche demeure aristocratique abritait des décors somptueux. Plusieurs experts analysent désormais le travail minutieux de ces artisans du IVe siècle.
La résurgence d’Elusa, l’ancienne capitale régionale oubliée sous les paysages de Gascogne
Cette découverte majeure remet en lumière le passé de cette cité méconnue du grand public. Pourtant, Elusa occupait une place centrale au IIIe siècle de notre ère. La ville dirigeait alors la province romaine de Novempopulanie, ce qui correspond globalement au territoire de la Gascogne.
Pour asseoir leur pouvoir, les notables locaux construisaient des demeures aux dimensions gigantesques. Cette immense habitation s’étendait sur environ 2700 mètres carrés. Un seul propriétaire occupait ainsi une grande surface résidentielle, affirmant son rang social par le choix de ses décors.
Les scientifiques ont fait preuve de patience pour révéler la totalité de cette œuvre historique. Un premier tiers du sol fut découvert en 2012. Il aura fallu attendre quatorze ans supplémentaires pour que les archéologues dégagent enfin les deux tiers restants de cette riche composition antique.
Les secrets géologiques et légaux qui permettent de préserver les trésors du sous-sol français
La préservation de cette surface de 42 mètres carrés s’explique par la protection des vingt hectares du site archéologique. De plus, les couches successives de sédiments isolent parfaitement les vestiges. Un phénomène similaire s’est produit en Turquie après la chute de structures protectrices en bois.
Par ailleurs, la législation française encadre strictement les travaux de construction modernes. L’organisme en charge des recherches archéologiques préventives réalise des centaines d’interventions par an. Si un chantier rencontre des vestiges anciens, les travaux s’arrêtent immédiatement pour laisser place aux spécialistes, comme à Alès en 2025.
Une découverte majeure pour comprendre la transition mystérieuse entre Rome et le Moyen Âge
Au-delà de sa valeur artistique, ce pavement apporte des indices précieux sur l’évolution locale. Les chercheurs étudient notamment l’occupation du site entre le Ve et le XIe siècle. La population s’est probablement concentrée sur le plateau de Cieutat durant cette époque charnière.
Les motifs géométriques et végétaux incitent également les spécialistes à lier cette œuvre à l’École d’Aquitaine. Ce courant stylistique regroupait des ateliers itinérants dès le IVe siècle. Ces artisans utiliaient des fonds sombres pour créer des effets de volume dans tout le Sud-Ouest.
Ces fouilles démontrent que l’art antique possédait une forte identité régionale tout en conservant une ambition esthétique majeure. Les prochaines analyses permettront de mieux cartographier ces diverses influences culturelles. L’histoire de la Gascogne romaine continue donc de se dévoiler à travers la pierre.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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