Pendant des siècles, un parchemin médiéval semblait ne contenir qu’un texte religieux. Des analyses aux rayons X révèlent pourtant, sous cette écriture, un fragment d’un catalogue d’étoiles attribué à Hipparque, éclairant l’histoire de l’astronomie antique et la cartographie du ciel.

Le Codex Climaci Rescriptus, un palimpseste médiéval qui dissimule un texte scientifique grec
À première vue, le Codex Climaci Rescriptus ressemble à un simple manuscrit religieux en syriaque. Pourtant, ce document appartient à la catégorie des palimpsestes. Ainsi, les scribes grattent l’écriture initiale afin de réutiliser le parchemin pour un nouveau texte.
Au Moyen Âge, le parchemin coûte cher et reste difficile à produire. Par conséquent, les copistes recyclent souvent d’anciens manuscrits pour économiser ce support précieux. Toutefois, ce geste pratique efface parfois des œuvres antiques majeures, notamment des textes scientifiques et philosophiques aujourd’hui presque disparus.
Des rayons X du synchrotron révèlent l’encre grecque et les coordonnées d’étoiles effacées
Pour explorer ce manuscrit, les chercheurs utilisent un synchrotron. En effet, cette installation scientifique accélère des électrons et produit des rayons X très puissants. Ainsi, l’appareil peut analyser la composition des encres sans abîmer le parchemin ni toucher aux couches d’écriture visibles.
Chaque encre possède une signature chimique différente. Par exemple, l’écriture médiévale contient surtout du fer. En revanche, le texte grec plus ancien laisse une trace riche en calcium. Grâce à cette différence, les scientifiques cartographient les éléments et font apparaître les lettres dissimulées.
Les premiers scans révèlent plusieurs lignes en grec ancien. Notamment, certaines mentionnent la constellation du Verseau et décrivent des étoiles brillantes. De plus, les fragments montrent des coordonnées célestes très précises, établies à une époque où les astronomes observent le ciel uniquement à l’œil nu.
Les coordonnées retrouvées montrent la précision des observations célestes d’Hipparque
L’astronome grec Hipparque, actif au IIe siècle avant notre ère, joue un rôle central dans l’histoire de l’astronomie scientifique. En effet, il entreprend l’une des premières tentatives connues pour cataloguer les étoiles et organiser le ciel selon des coordonnées mesurées.
Les fragments retrouvés montrent une précision remarquable. Pourtant, Hipparque observe les astres sans télescope ni instruments modernes. Ainsi, il utilise des repères géométriques et mesure les positions des étoiles avec une méthode rigoureuse qui impressionne encore les chercheurs.
Par conséquent, ces données constituent peut-être l’un des plus anciens exemples de cartographie du ciel fondée sur des mesures. Elles montrent aussi que les savants de l’Antiquité développent déjà une démarche scientifique structurée pour comprendre l’organisation du firmament.
Les nouveaux fragments éclairent les liens entre Hipparque et le catalogue d’étoiles de Ptolémée
La découverte relance un débat ancien chez les historiens des sciences. En effet, certains soupçonnent depuis longtemps Claude Ptolémée, auteur de l’Almageste, d’avoir utilisé des observations réalisées auparavant par Hipparque pour construire son propre catalogue d’étoiles.
Les coordonnées retrouvées offrent alors un point de comparaison inédit. Ainsi, en étudiant ces données, les chercheurs peuvent mesurer les ressemblances et les écarts avec les tables astronomiques de Ptolémée. Les premiers résultats suggèrent donc une influence réelle, mais aussi un travail original.
Enfin, le Codex Climaci Rescriptus reste loin d’avoir livré tous ses secrets. Pour l’instant, les scientifiques ont étudié seulement quelques pages du manuscrit. Or, le codex compte près de deux cents feuillets dispersés dans plusieurs collections, et d’autres fragments pourraient encore révéler des données astronomiques antiques.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Source: GEO
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